Pierre noire : de la carrière à l'atelier


C’est avec du schiste noir sorti d’une galerie percée dans le flanc de montagne, à côté de Morzine en Haute-Savoie, que j’avais commencé la sculpture. J'allais avec Ulysse Prémat sur son bulldozer au fond de la gallerie, dans le noir et la poussière soulevée après l'explosion de la dynamite, avant même qu'elle se pose, pour charger les morceaux de roche. Sans masque et lunettes, bien entendu... A cette époque j’avais été ébloui par la facture, la beauté de la roche une fois polie, surtout que son aspect brut manquait de tout éclat. Le travail était plus difficile que celui de la taille du marbre. La pierre noire que l’on peut voir ici n’est pas celle de Morzine, elle se trouve ailleurs, et la mine d’où elle est extraite atteint une profondeur assez incroyable, jusqu'à 400 m !
Il n’y a pas longtemps, j’allais à cette carrière pour acheter quelques morceaux de ce schiste compact et hors-norme. J’avais dessiné sur un beau bloc quelques traits pour le découpage, selon les dimensions qui me convenaient. La grande scie diamantée que l’on peut voir sur la troisième et la quatrième image avait fait ce travail, et les morceaux rangés sur une palette étaient ensuite déposés dans le camion que j’avais loué pour les transporter.

 


 

 
Les images qui suivet montrent le chargement de la palette et un camion de carrière, énorme benne de transport de blocs. Il n’y a pas de comparaison possible, bien entendu, avec mon camion de location. Cependant, il m’avait permis de transporter jusqu'à mon atelier deux palettes, en tout une tonne et demie de pierre. La carrière, le transport, font aussi partie du plaisir de tailler la roche, un sculpteur peut le comprendre facilement.


 


 

 
Une fois arrivé chez moi, j’avais déchargé morceau par morceau toute la cargaison. Puis, les blocs devaient être dégrossis dans l’atelier sous la terre, dans la grotte à aspiration d’air, formidable solution pour échapper un peu à la poussière et pour ne pas gêner les voisins avec le bruit des machines. Un été de travail m’avait permis de bien avancer certaines sculptures pour les finir ensuite pendant les mois d'automne et d'hiver, dans l’atelier. On en voit quelques-unes sur les deux dernières images, polies et figées sur leurs socles, belles et fières comme des princesses noires. En les regardant, il m’arrive souvent de me rappeler les gros blocs gris foncé, difformes, arrachés quelque part sous la terre à l’aide des explosifs, que les engins de chantier déchargeaient avec un bruit assourdissant dans la cour boueuse. Et ne peux pas m'empêcher de penser à la mystérieuse transformation de la "materia prima" des alchimistes...


 


 


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