Peintures II



Je suis arrivé à Paris en fin de l’année 1968, à l’occasion d’une exposition officielle appelée « Six Jeunes Peintres Roumains ». Parti avec un petit sac de voyage et sans manteau pour passer l'hiver, cela pour que les autorités policières ne me soupçonnent pas de vouloir fuir, une fois le visa de trente jours épuisé, je gagnais la liberté en choisissant l’exil. En Roumanie, les années qui suivirent furent encore plus dures par rapport au relâchement relatif des années 1967-68, lié à l’affaire de Prague.

Je ne suis plus jamais retourné, et il m’a été impossible de faire venir de Bucarest la moindre feuille de papier. Les œuvres qui se trouvaient dans mon petit atelier ont été perdues, dispersées chez des connaissances, et aujourd'hui encore je ne sais pas où elles se trouvent, hormis une petite collection conservée chez des amis qui ont maintenu le contact avec moi. Cependant, j'ai eu la chance de récupérer il y a quelque temps une série de petites toiles. Elles correspondent à une période cruciale pour ma formation, aux deux étés de peinture en « plein air » passés sur les collines d’un village perdu dans les contreforts des Carpates, village assez unique. Je constate qu'aujourd'hui, à Bucarest, on parle du groupe que nous constituions (quelques amis peintres) comme d'une véritable école de peinture, d'un groupe pionnier, représentatif pour la période où l'on essayait de se détacher des canons du réalisme socialiste.

Ce village porte le nom de Poiana Màrului. Dispersé sur de hautes collines séparées par des vallées profondes et boisées, les sommets dégarnis permettant un peu d’agriculture malgré la terre pauvre et les pentes abruptes. Sur chaque sommet de colline, il y avait de petites fermes isolées les unes des autres et l’impossibilité d’une collectivisation des terres avait préservé les paysans de ses effets néfastes. À l’époque où j’y allais, privés d'électricité et de radio, ils vivaient comme dans un autre siècle, étaient encore croyants, bons, accueillants, doux et modestes. Ceux où nous avions l'habitude de loger (dans le foin des granges, qui devenaient ainsi nos ateliers) devenaient comme nos familles.

C’est là, quittant l’académisme de l’école, que j’ai connu les premiers bonheurs de la création. C’est là que j’ai pu chercher un style, mon style. Un très court récit, "
Peinture à Poiana Màrului ", se trouve lié à cette série de photos, il suffit de cliquer dessus. Je joins aussi trois extraits de presse, dont deux écrits par des critiques d’art de Bucarest, le troisième par Dominique Gerst pour la revue parisienne Opus International. Elle avait fait spécialement le voyage en Roumanie, pour voir ce lieu exceptionnel et rencontrer les autres artistes qui le fréquentaient.

 
      
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