Passions parallèles : alpinisme 3


 LESCHAUX

Eté 2005. Je retrouve pour quelques jours, comme d’habitude, Jacques et Solange à Chamonix. Pour dérouiller nos jambes, nous décidons de faire le premier jour un aller-retour jusqu’au pied des Grandes Jorasses, et passer à cette occasion au refuge de Leschaux. Il y avait longtemps que je voulais approcher cette montagne mythique, ne serait-ce que pour la voir de près ou simplement la "toucher", mais chaque fois que j’étais à Chamonix les itinéraires de mes courses se passaient ailleurs. Ce coin spécial est d'ailleurs assez isolé du reste du monde. J’avais tant lu sur les ascensions de la plus célèbre face nord des Alpes, sur ceux qui avaient passé des nuits dans le refuge, que cette petite expédition devenait l’accomplissement d’un rêve. Le refuge n’était certes plus le même que celui du temps des grandes conquêtes, mais les lieux n’avaient pas changé.
L’été finissait et le dernier train de retour partait de Montenvers une heure plus tôt que d’habitude, donc il fallait faire vite. Ceux qui regardent vers les Grandes Jorasses sont trompés à cause de la masse imposante de la montagne, elle ne parait pas très éloignée ; en vérité le chemin est long. Ayant contacté le guide Frank Astori, Jacques et moi le retrouvons à la gare de Montenvers et peu de temps après descendons les échelles vers le glacier. Je me rappelle l’époque où il n’y en avait que deux ou trois, tandis qu’aujourd’hui, avec la fonte du glacier, la descente de ces dalles abruptes, polies par la glace en mouvement depuis des millénaires, est une véritable expédition. La seconde image montre l’endroit où l’on doit quitter le glacier et prendre la sente du refuge d’Envers les Aiguilles. Je me rappelle un soir au brouillard épais, où nous n’arrivions pas à le trouver, et la nuit approchait… Au fond on voit l’arête des Grandes Jorasses (1), le Mont Mallet (2) et la Dent du Géant (3)
 
 
    


Nous avançons sur le glacier. Après la pointe effilée de l’Aiguille de l’M qui me rappelle quelques anciens moments de bonheur, notre vue sur la droite est couverte par les masses imposantes des deux monstres sacrés de l’histoire de l’alpinisme, les Grands Charmoz et le Grépon. Leur traversée est l’une des grandes courses classiques dans les Aiguilles de Chamonix, et les premières ascensions des faces côté Mer de Glace ont fait même beaucoup de victimes. L’image de droite montre ce qui apparaît en regardant à gauche, en approchant la confluence des deux glaciers, Mer de Glace et celui de Leschaux. Ce sont les arêtes sauvages du côté Charpoua des deux Drus. Autre montage légendaire, où chaque première avait été un exploit surhumain. Rien que l’arête qui se dessine à gauche, rappelle Bonatti… On peut y voir Le Petit Dru et le Grand Dru (1 et 2), le Col du Dru, le Pic Sans Nom et l’Aiguille Sans Nom (4 et 5), qui garnissent l’arête montant à la Verte.

 
 


Une fois arrivés à la confluence des deux mastodontes de glace, la vue s’ouvre majestueusement sur la droite. On y voit le « déversoir » de la Mer de Glace et au fond, le Glacier du Géant. À gauche le Mont Mallet et la Dent du Géant (1 et 2) et au milieu, garnie de dentelle blanche, la face abrupte de La Tour Ronde, régnant sur tout le haut plateau (3). Encore un souvenir, récent et enchanté. À droite on peut voir le début des Aiguilles de Chamonix du côté « envers », notamment l’Aiguille du Roc et le Grépon. Puis la vue sur la droite se dégage davantage. La seconde photographie ci-dessous montre la face nord-est du Mont Blanc du Tacul, qui masque le Mont Blanc. On peut y apercevoir le Grand Capucin (1), les insolites Aiguilles du Diable (2), le sommet lui-même (3) et le haut du couloir Gervasutti (4). À droite on voit le Capucin du Requin (5) et en bas, la flèche rouge indique la silhouette minuscule du refuge du Requin.


 
 


Nous avons bien avancé et faisons une pause pour regarder autour. Sur la gauche, l’Aiguille du Moine lance un puissant pilier vers le glacier. Nous cherchons sur sa face verticale traversée de fissures, quelques silhouettes pouvant nous indiquer les échelles des Egralets. C’est là que commence la piste d’accès au refuge du Couvercle. En effet, on en voit une, solitaire, montant lentement, comme une fourmi. Elle est visible sur la seconde photo, agrandie (voir la flèche rouge).


 


Enfin nous voici en train d’approcher nos échelles « à nous », par lesquelles on sera bientôt au refuge. La flèche rouge indique le départ. Sur l’image de droite, on voit aussi le refuge collé contre le rocher, sur fond spectaculaire de nuages qui lèchent déjà l’Arête des Hirondelles.


 


Le moment tant désiré arrive, après la montée de la « via ferrata » nous sommes sur la terrasse du refuge, en plein soleil et un peu émus. Franck retrouve des copains guides, et même les gardiens des refuges de Charpoua et du Couvercle, venus dire au revoir au gardien de Leschaux, qui devait partir. Devant nous se dresse la face imposante des Jorasses. Avec l’aide de Franck, nous essayons de nommer les sommets successifs et de reconstituer les trajets des célèbres voies qui ont permis sa conquête. Après un déjeuner sur la petite terrasse, les gardiens partent et nous aussi. J’entre dans le dortoir exigu et suis pris d’un incompréhensible désir d’y rester, au moins pour y passer la nuit. Une seule fenêtre, elle donne sur la montagne. C’est pour elle que les alpinistes passent leur nuit dans ce refuge.

 
   




Sur le chemin de retour nous avançons d’abord un peu vers la montagne, pour voir de plus près les départs des grandes voies mythiques. Sur la première photo ci-dessous la lettre L désigne le départ pour le Linceul, et W celui pour la Walker. La seconde photo montre la coulée impressionnante du glacier venant du Mont Mallet et l’arête des Périades.


 


Pour arriver à temps au dernier train de Montenvers, il faut se dépêcher. À cause de la neige tombée la nuit, l’arrête du Moine se dessine comme jamais et Franck me demande de lui faire une photo. Descendant encore un peu nous découvrons, à droite du grand névé en bas du Moine, le refuge du Couvercle, à peine visible à l’œil nu. La flèche rouge l’indique sur la photo.


 


Mais ce n’est pas tout, nos regards se tournent devant nous, un peu vers la gauche. Le fantastique rempart des « envers » des Aiguilles s’étale dans toute sa magnificence et beauté. Époustouflés, nous restons immobiles pendant que Franck égrène avec patience le nom des pics. Il faudra sans doute courir pour être à l’heure à Montenvers, mais la vue en vaut la peine. Je cherche désespérément le pilier sur lequel est hissé le refuge d’Envers les Aiguilles, pour lequel j’avais jadis une adoration. Ce lieu sévère était gardé jusqu’à il y a peu de temps par une femme d’exception, Élisabeth, grande alpiniste elle-même. Elle m’avait proposé récemment de faire une exposition de sculptures sur la terrasse de son nid d’aigle, mais je n’ai pas réagi. Il aurait fallu organiser cela, le financer, un hélicoptère pour le transport, etc., et je n’avais ni les moyens ni le temps pour cela. L’idée que cette exposition soit réservée juste aux grimpeurs d’élite, peu nombreux, qui fréquentent habituellement le refuge, même s’ils pouvaient ne pas comprendre grande chose à la sculpture, m’avait beaucoup plu. Mais on ne peut pas faire tout ce que l’on veut dans la vie.
Voici d’abord l’ensemble de ces fabuleuses « aiguilles » : 1) Plan 2) Crocodile 3) Lépiney 4) Fou 5) Ciseaux 6) Blaitière 7) Nantillons 8) Bec d’Oiseau 9) Grépon 10) Grands Charmoz 11) de la République. Les chiffres 12 et 13 indiquent les glaciers d’Envers de Blaitière et celui de Trélaporte. Au moins ce qu’il en reste, car ils ont beaucoup fondu. On voit cela surtout sur les images suivantes, par la zone propre qui les entoure, où les lichens et les mousses n’ont pas encore couvert les dalles dégarnies. La flèche sur la grande photo indique le pilier sur lequel se trouve hissé le refuge. Les deux images suivantes permettent de le découvrir.






 

Nous accélérons le pas, on court presque. Un dernier coup d’œil vers le Mont Blanc du Tacul, vers la Tour Ronde, l’éclairage est différent en fin d’après-midi. Fini avec le glacier, il reste encore les échelles à remonter vers Montenvers et monter dans le dernier train à crémaillère. Demain, rendez-vous avec Franck pour une voie dans les Aiguilles Rouges.


 


 


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