Extraits de presse 1985 - 2011


Margarita Baguinova, « La création est un effort conservé », dans la Pensée Russe, Paris, 25 octobre 1985 (traduction du russe) :

« L’intuition joue un très grand rôle dans le processus créatif de Milcovitch et constitue encore une source de connaissance, à travers laquelle il essaye de pénétrer à l’intérieur de l’objet… En 1968 Milcovitch visite en tant que touriste l’Union Soviétique… c’est en Russie qu’il a vu comme si c’était pour la première fois, les coupoles, leur forme, sur laquelle repose le calme de l’architecture byzantine. Dans leur présence, Milcovitch a vu la grâce mystérieuse venue du ciel et rendue de nouveau au ciel, par les hommes. « Cette forme merveilleuse des coupoles ne me quitte plus depuis : c’est comme une goutte tombant du ciel. Je n’avais jamais rencontré nulle part des coupoles d’une telle dimension, et cette forme s’impose comme un des symboles éternels de vie…»
« L’élaboration d’un système plastique logique est impossible ; quant aux formes élémentaires, on les rencontre en tant que schémas analogiques dans des époques différentes ». - dit l’artiste. « Les mêmes formes se trouvent dans la nature, le monde végétal en l’occurrence, dans la physique atomique ; elles sont inscrites dans la vie, comme dans un système informatique, et existent comme pour soutenir la pensée humaine. C’est un avoir inépuisable à la disposition de l’homme, et qui apparaît perpétuellement, spécialement dans l’art. Pour ce motif les nouvelles expressions des formes élémentaires m’intéressent, celles qu’on rencontre aussi bien dans la vie, ne serait-ce qu’à partir des lettres de l’alphabet. Malgré tout, il ne convient pas de donner signification à n’importe quel geste : cela produit de faux problèmes, faux et dérisoires. »
Les silhouettes présentes dans les icônes, accentuées par leurs parures, sont devenues dans l’œuvre de Milcovitch comme des symboles de l’âme, nous renvoyant à l’idée qui existait dans certaines civilisations, et qui attribuait à l’âme une forme. Depuis sa toute première jeunesse, l’artiste réfléchissait sur les choses essentielles, et elles l’ont poussé vers l’art méditatif issu de la recherche sur la symbolique de la forme… En 1982-83, Milcovitch tient un cours expérimental sur le thème de la symbolique de la forme à l’École des Beaux Arts de Grenoble.
Les œuvres de Milcovitch portent le nom d’Objets Hermétiques, et on ne trouve pas de titres concrets : elles sont toutes d’un caractère méditatif, et permettent que le spectateur puisse introduire lui-même le sens nécessaire. L’absence de titres sert comme un certain catalyseur, déterminant l’homme à réfléchir au sujet du symbole, sans lui proposer « l’étiquette » qui pourrait arrêter la pensée…
Milcovitch ne vise pas la reconstitution des objets qu’on rencontre habituellement, aussi est-il éloigné de l’utilisation rationnelle de leur beauté. Il élimine de ses œuvres tout ce qui pourrait les rapprocher de tels objets. D’après ses dires, « c’est une grande responsabilité que de proposer un objet en l’isolant sur un socle, autrement dit franchir le pas entre l’art appliqué et l’art tout court… c’est une grande responsabilité. »
Milcovitch a élaboré un système entier de signes qui lui servent de la même façon que les lettres de l’alphabet servent à l’écriture. Les œuvres exposées sont une nouvelle personnification plastique de ces éléments, prenant diverses formes et images… Les contours sont à un tel point organiques et naturels, que les objets semblent ne pas être faits par une main d’homme, semblent l’œuvre de la nature – même : c’est ainsi que le vent donne la forme à une pierre, aux vagues de la mer, trace ses dessins sur le sable. Lorsqu’on lui demande comment il arrive à une telle simplicité, l’artiste répond : « Je ne sais toujours pas où s’arrête l’art et où commence l’image symbolique, hermétique, le signe utilisé par un langage scientifique. Je procède par intuition et je supprime la qualité plastique au nom de la pure plasticité, l’imprévu au sein même de la matière, sa maladresse. »
Le travail de Milcovitch attire par sa sincérité, par son respect des valeurs traditionnelles du passé. Pour cet artiste, la création est inconcevable en dehors de ce « souvenir pur », en dehors de la recherche de ce qui pourrait être équivalent à l’expérience du passé, si nécessaire pour la mémoire spirituelle de l’homme : la création est pour Milcovitch, l’effort conservé. »

Serge Romensky, texte du catalogue pour l’exposition à la Galerie La Pochade, automne 1986 :

« Mais qu’est-ce que le monde ? Voilà bien l’objet intime de la recherche de Milcovitch, depuis que, jeune artiste parcourant les villages isolés dans les montagnes de Roumanie, il découvrit dans les multiples objets usuels des paysans – sièges, barrières, poteaux taillés, outils et ustensiles, croix des cimetières… des formes étonnantes en résonance parfaite avec d’autres réalités du monde, des signes témoignant que dans la matière il y a une structure invisible, un esprit, et que des structures occultes identiques ou semblables rapprochent des objets et des êtres d’apparence extérieure totalement différente.
Depuis, la réflexion active du sculpteur s’est constamment exercée à dégager la forme que possède cet esprit ; car l’esprit, invisible ordinairement, révèle des contours perceptibles, quand on traque ceux-ci avec suffisamment de persévérance. Ils sont, au demeurant, connus de certaines traditions. Or c’est la forme de l’esprit qui donne à son tour la forme à la matière, ce qu’a su découvrir l’art natif à sa source authentiquement populaire, a savoir profondément attentive, patiente, émerveillée.
Mircea Milcovitch est un sculpteur qui dévoile la face cachée de la matière : il fait apparaître l’âme de la pierre. Pierre blanche ou noire, arrachée à la carrière, ensuite longuement observée, épiée jusqu’à ce qu’elle ait livré, à l’imagier qui va la tailler les formes secrètes qu’elle recèle. Ensuite sciée, frappée, ciselée, puis enfin patiemment polie, mais non partout, car la matière brute doit demeurer visible. Cela afin de marquer le début de sa transmutation : pesante en bas, la pierre devient aérienne en haut, l’esprit se dégage de la matière, sans l’abandonner mais au contraire pour la tirer vers le ciel, comme il se doit.
« C’est de la terre que doit se détacher ce qui doit se transfigurer par la suite », observe Milcovitch lui-même, car « plus la matière est lourde et plus la chose subtile qu’elle contient est sublime ».

Emmanuel Fessy, pour le Courrier Art – Expositions, Agence France Presse, 1 novembre 1989 :

« Mircea Milcovitch travaille le marbre ou la pierre… Il livre des formes abstraites, souvent associées en couples contrastés où la matière à l’état brut tranche avec la douceur du poli. Les sculptures, d’une élégante simplicité, doivent, chez lui, être des signes révélant l’âme de la pierre. »

Bruno Jaubert, « Mircea Milcovitch » dans La Gazette de l’Hôtel Drouot, 10 novembre 1989, « L’art contemporain à Paris »:

« La quête du Beau demeure aussi chez ce sculpteur… le thème d’une œuvre qui se nourrit d’une méditation sur l’alchimie et l’ésotérisme, la recherche des formes cachées sous-jacentes au palpable. Convaincantes ou pas, ces « théories » ont le mérite d’avoir suscité un travail allégorique qui, dans le domaine des formes, se rattache aujourd’hui à une tradition dont Arp et Brancusi ont été les découvreurs de génie. »

Gaston Diehl, « MILCOVITCH », dans AAKN News, décembre 1989 :

« Davantage sculpteur que peintre, arrivé en 68 à Paris, il s’attache au symbolisme de la forme, dans l’esprit de son compatriote Brancusi. Attaché à l’élémentaire il en tire néanmoins des volumes d’une élégante et originale concision »

MIRCEA MILCOVITCH, dans France Soir Ouest, 21 octobre 1991 :

« L’art contemporain a désormais sa place à Versailles. La ville de Louis XIV vient de transformer l’ancien Carré à la Farine du marché Notre-Dame en un espace qui lui est entièrement consacré. La première rétrospective honore le sculpteur roumain d’origine russe, Mircea Milcovitch. Cette exposition survient alors que l’Europe de l’Est se débat dans les aléas de la liberté. Un hasard pour cet artiste qui déclarait il y a peu : « En 1968, j’arrivais en France, sorti d’un de ces pays de l’Europe de l’Est qu’on savait couvert, à l’époque, d’un genre de ténèbres culturelles. » Paradoxalement, ses pierres taillées dans le noir du schiste ou le blanc du marbre sont tout sauf ténébreuses. L’exposition retrace les quatre étapes de sa création : schistes noirs, noirs et blancs symétriques, pierres en mouvement et marbres en mouvement, tous caractérisés par une très grande pureté. »

Marc Hérissé, « Milcovitch », dans La Gazette de l’Hôtel Drouot, 11 octobre 1991 :

« Un peu trop foisonnante, cette exposition du grand sculpteur soviéto-roumain. A 50 ans, l’artiste fait le point sur vingt années de travail. Voici des schistes, des bois, des marbres et des pierres d’un étonnant envol. Dans cet art sublimé, Milcovitch résout l’éternel conflit de l’abstrait et du figuré. Cela se voit d’une manière éclatante dans les dessins sur lesquels apparaissent les différentes étapes qui conduisent à l’œuvre sculptée. »

André Damien : préface au Catalogue de l’exposition « Milcovitch 20 ans de sculpture », Versailles 1991

« Lors de la réhabilitation du Marché Notre Dame, nous avons tenu, le Conseil municipal et moi même, à ce qu’un espace soit réservé aux arts. Il est bon que dans ce Carré à la Farine, on puisse aussi moudre le grain de l’esprit. En accueillant le sculpteur Mircea Milcovitch, en lui permettant de déployer la première véritable rétrospective de son œuvre, le lieu tient, je crois, ses promesses.
Le hasard a voulu que cette exposition ait lieu l’année même où l’Europe vit une nouvelle et prodigieuse révolution de la liberté. Comment ne pas y songer devant les œuvre de cet artiste venu de Roumanie qui a choisi depuis 1968 de vivre en Œuvre et qui est originaire de Bessarabie cette contrée aujourd’hui partagée entre la Moldavie et l’Ukraine ? Comment ne pas ressentir que ses sculptures traduisent à leur manière ce désir d’un au delà de la nature, cette ardeur du spirituel qui viennent bouleverser les pays de l’Est.
Je ne voudrais pas ici jouer au critique d’art que je ne suis pas, mais il est difficile de ne pas être sensible à l’ambition de cet artiste qui fait se rejoindre l’abstrait et le figuré, qui sublime leur conflit. Ses pierres, taillées dans le noir du schiste ou le blanc du marbre, veulent par delà leurs formes si pures nous suggérer les forces, les sentiments qui animent le monde. Le catalogue laisse heureusement et librement parler l’artiste qui nous tient un discours presque platonicien : l’art, affirme t il, cherche l’être à travers le paraître. Un souffle de l’au-delà inspire ces formes essentielles que le sculpteur a su si magnifiquement dégager de la matière.
La ville de Versailles a voulu acquérir en hommage au sculpteur et en mémoire de cet événement une œuvre de Milcovitch qui restera dans ce lieu comme l’ange gardien. Que cet envol, dans le battement de ses ailes de marbre, accompagne et symbolise celui de cet espace voué au souffle des arts. »
André Damien Maire de Versailles

« Après l’exposition Milcovitch », dans « Versailles », mensuel d’information, à l’occasion de la rétrospective MILCOVITCH pour l’ouverture de la nouvelle salle d’expositions au Carré à la Farine (1991) :

« Dessinateur, peintre, créateur de bijoux, de décors et de costumes, Milcovitch recherchait inlassablement la pureté des formes à travers diverses expressions. Lorsque ces formes étaient prêtes pour (selon ses propres termes) quitter la surface plane et prendre volume, est venue la « passion pour le sculpture ».
C’est à paris au tournant des années 70 que cet artiste russo-roumain a vraiment embrassée sa véritable vocation. Commence alors la longue maturation d’une œuvre en quête de la « beauté ». « Nous avons l’obligation de chercher ces critères secrets de la véritable beauté qui nous est cachée », écrit-il.
Il la cherche dans les formes pures que son ciseau taille dans le schiste noir de Morzine ou dans le marbre de Carrare. Lignes élancées, courbes arrondies, beauté des surfaces polies, est-ce de l’abstrait ou bien est-ce figuratif ? Ni l’un ni l’autre, à moins que ce ne soit les deux à la fois.
C’est autour de lui qu’il voit les formes : un arbre, un paysage, le bulbe d’une église russe, des silhouettes humaines. Mais, explique-t-il, « l’homme a une conscience de la forme pure, de la forme intérieure. C’est avec cette conscience secrète qu’il va chercher la beauté du monde ». « Les formes appartiennent aussi bien à la matière qu’à l’idée pure ».

« L’ère du vide » par Pierre Gaudibert, Conservateur des musées de France, auteur du « Du culturel au sacré », Casterman, dans Télérama, Hors-Série « Art Contemporain : Le Grand Bazar », octobre 1992 :

« L’Ere du vide, ce titre d’un ouvrage du philosophe français Lipovetski caractérise bien aussi la situation présente des arts plastiques : on pourrait dire également l’ère du n’importe quoi, l’ère du rien du tout ! … Tout au moins dans l’Occident actuel avec en amont les écoles des Beaux-Arts saturées d’informations, et en aval un système de sélection, promotion, commercialisation, spéculation et institutionnalisation particulièrement drastique et redoutable. A partir de là s’est constitué le corpus de « l’art contemporain international », celui qu’on retrouve à l’identique dans toutes les collections et musées.
Ce fut en premier Marcel Duchamp avec la dérision et la mort de l’art, puis tous les suiveurs qui renchérirent sur le maître, les années 70 marquant le point culminant des courants conceptuels aux Etats Unis et en Europe… Le désenchantement du monde a gagné la sphère des arts plastiques : plus de sens, plus de sacré, mais un épuisement spirituel accablant ; et l’on reparle alors de la fin des idéologies et de la fin de l’Histoire, alors que l’Histoire ne cesse de s’accélérer et de rebondir tous les jours, que les idéologies se recomposent chaque jour sous nos yeux, y compris celle qui clame la fin des idéologies !
Qu’attendre d’artistes qui enferment de la merde dans des boîtes (Manzoni), placent un bouquet de fleurs à la jonction des deux automobiles (Ange Leccia), peignent des points espacés sur une toile (Toroni), tracent des raies également espacées, blanches et rouges (Buren) ? Reste que tous sont choyés, sollicités, honorés, accueillis partout…Un groupe fort restreint de décideurs internationaux, surtout américains et européens, qui comprend quelques conservateurs, galeries et collectionneurs, attribue l’étiquette d’art international (comme hier celle d’avant-garde) à quelques artistes, ce qui leur permet toutes les entrées promotionnelles dans les institutions culturelles et les collections, et engendre une uniformité passe-partout lassante…
Les autres plasticiens furent réduits à la galère, à la marginalisation, à l’étouffement. Et pourtant, dès que l’on circule sans préjugés dans les ateliers en Europe, que d’êtres voués entièrement à la peinture et ouverts à toutes les voies de la création contemporaine !
En regardant plus attentivement, on découvre dans ces mêmes ateliers et certaines galeries ou musées un courant proprement religieux (Manessier, Maurice Rocher, Giorda), et surtout des filons ésotériques spirituels fort nombreux, de Geneviève Asse à Etienne Martin, de Fred Deux à Jeanclos et Milcovitch. Des artistes qui créent des œuvres habitées, chargées, le contraire du vide régnant… »

« Mircea Milcovitch, le parrain… », dans L’Action républicaine, 4 novembre 1994, à l’occasion de l’exposition au Centre Culturel de Dreux, Eure-et-Loir :

« Le parrain du salon, c’est lui : Mircea Milcovitch, l’œil noir, le cheveu blanc, le sculpteur pratique aujourd’hui dans sa grotte d’Ecluzelles et exposera dès samedi plusieurs de ses œuvres taillées dans le marbre… Mircea Milcovitch explique s’inspirer des fresques byzantines et des coupoles de monuments religieux russes pour tailler la matière jusqu’en des formes épurées bien loin de l’aspect figuratif de ses modèles. Des formes qu’il emprunte également dans leur pureté aux artefacts archéologiques, tirés de l’âge où l’art et l’utilitaire se fondaient dans la pierre. Une pierre qui est, selon le sculpteur, son « second milieu ». Formes sobres, non figuratives, où la rondeur de la taille s’allie parfois à la dureté du matériau brut en des surprenantes étreintes. Milcovitch pratique « un art profane qui sait porter trace de la beauté sacrée si on sait le voir. » Se sentant investi d’une mission qu’il pense commune à l’homme, « chercher les critères secrets de la véritable beauté », Milcovitch affirme que « l’art n’est pas un fruit de la nature mais un fruit élaboré de l’esprit humain. La sublimation de l’art suit, sans aucun doute la sublimation de l’homme. Elle la suit, cependant, jusqu’à un certain degré. Pour les hauts degrés de sublimation l’homme a besoin du Grand Art qui est d’une facture différente, bien au-dessus de la nature. C’est, en fait, le véritable message de mon travail, visible surtout là où le parfait et l’inachevé cohabitent ensemble. »

« Entre Ecluzelles et Byzance avec Mircea Milcovitch », dans La République du Centre 29 octobre 1994, à l’occasion de l’exposition au Centre Culturel de Dreux :

« Comme une larme tombée du ciel sur le cube des choses terrestres. » Les sculptures de Mircea Milcovitch sont à l’image de cette métaphore choisie par l’artiste lui-même. Bien sûr Mircea Milcovitch est en France depuis 1968 mais il n’a jamais oublié qu’il est… enfant de ce pays où les coupoles des églises orthodoxes ont une forme si parfaite, où les silhouettes des fresques byzantines présentent cet étrange contraste des corps sombres avec des auréoles d’or. « Je fais des œuvres profanes avec une trace de beauté sacrée », explique-t-il…
Huit pièces en marbre blanc et six dessins comme des rappels directs de ses sculptures. « On ne peut pas dire que ces dessins soient un mode d’emploi à proprement parlé mais cela permet au public d’avoir plus facilement accès à mon travail. » Entre les dessins et les sculptures inachevées, le spectateur pourra cheminer le long du travail de l’artiste. Il ne restera pas sur le bord du chemin de l’art contemporain comme cela arrive quelquefois dans les expositions d’art abstrait, non figuratif.

Armelle Rouet, « Mircea Milcovitch sculpteur des origines », dans L’Echo Républicain, Chartres, 6 novembre 1994 :

« Il n’a pas perdu l’accent. D’ailleurs, même s’il n’est pas retourné du côté de la Mer Noire, il parle encore couramment le russe. Des vers en slavon… sont écrits sur une poutre de l’atelier. « Un extrait du psaume 19 » précise Mircea Milcovitch. Avec ce signe de spiritualité, on entre dans un univers de silence. En promenant un regard sur toutes ses années de travail, à 53 ans, Mircea Milcovitch confie : « Grâce à Dieu, j’ai toujours vécu de mon art ». Installé depuis cinq ans dans une charmante maison habitée de marches à Ecluzelles, le sculpteur crée. Loin des tumultes de la capitale où il expose en permanence à la Galerie La Pochade dans le VI-ème. Dans sa propriété, il y a une grotte au fond du jardin. C'est là, dans l’humidité, que le marbre est entreposé. « Une matière que je vais chercher et tailler une fois par an à Carrare, en Italie »… Quand il se rend à Carrare, le sculpteur emporte avec lui ses carnets de dessin. Des véritables traités d’anatomie ou bien encore des études d’archéologie qui esquissent la genèse du tailleur de marbre.
Beautés antiques. Sur le papier, déjà, les mesures de géométrie sont prises. L’œuvre est prête à naître. Mircea Milcovitch est méticuleux. Ordonné. Toutes ses créations figurent en photographies dans un fichier classé par « opus ». « Numéro 17 : Oh! C’est une de mes tout premières sculptures réalisées dans les années 70 » dit-il en caressant avec amour une forme de marbre. Ses outils sont rangés sur un établi. Il sculpte. La pierre éclabousse des fragments. « Mais c’est le polissage, la phase la plus ardue » prévient l’artiste.
Quand il peignait plus assidûment, ses sculptures flottaient dans un paysage. En schiste noir de Morzine d’abord puis en marbre de Carrare et en pierre de Chauvigny, ses formes ont pris leur envol. Même en merisier recouvert d’une feuille d’or et en terre cuite. « J’ai trouvé ma voie dans la sculpture. La symbolique est mon violon d’Ingres » avoue le Français d’adoption. Dans son atelier il y a comme une forêt de signes qui vous assaillent. Croissants de lune, cercles, cœurs et arbres de pierre : ces volumes dépouillés dansent des allégories sacrées qui donne un corps à l’esprit humain.
Tout un au-delà. Jeu d’amphores, fossiles ou coquillages pour dire aussi l’antiquité. Certaines sculptures ressemblent à des objets archéologiques. Un prodigieux retour aux sources auquel s’exerce Mircea Milcovitch depuis son arrivée en France en 1968… Sculpteur de l’au-delà. »

Lydia Harambourg, « La sculpture organique et panthéiste de Milcovitch », dans La Gazette de l’Hôtel Drouot 8 janvier 1999, à l’occasion de l’exposition à la Galerie La Pochade, Paris :

« Ce sculpteur s’inscrit dans la grande tradition classique… Pratiquant la taille directe, Mircea Milcovitch choisit avec soin son matériau : le schiste noir de Morzine qu’il a longtemps travaillé sur place et surtout depuis des longues années le marbre de Carrare, où il séjourne régulièrement, dans un atelier de Pietrasanta. L’exposition présente un ensemble de sculptures récentes qu’accompagnent des dessins, aquarelles, gouaches. D’essence classique, la sculpture de Milcovitch atteint la pureté par un retour aux éléments primordiaux. Le corps de la femme est au cœur de son art. Respectueux de la beauté des formes, il les stylise pour aboutir à l’essentiel, sans en perdre la force suggestive et expressive. Une grande sensibilité tactile se dégage de ces formes enveloppées qui s’érigent en symboles. La sculpture de Milcovitch n’est jamais statique. Elle sous-tend des correspondances, des rythmes qui la libèrent de la pesanteur. Une sculpture organique qui appelle à l’intelligence du toucher. Un panthéisme qui n’abolit pas l’esprit. Cette liberté dans la maîtrise de la forme se retrouve dans l’œuvre graphique. »

Lydia Harambourg, « Milcovitch les métamorphoses », dans La Gazette de l’Hôtel Drouot N° 35 – 15 octobre 2004, (De Musées eu Galeries) à l’occasion de l’exposition à la Galerie Sparts, Paris.
Œuvre reproduite : Mémoire Antique opus 902, marbre de Carrare.

« Les formes épurées des sculptures de Milcovitch, gardent enfouies, le secret de leurs origines. Elles nou sont pourtant d’une proximité qui les rend immédiatement accessibles. Les œuvres de ces dernières années et celles plus récentes confrontent classicisme et modernité, tradition et liberté. Milcovitch part à la conquête de la lumière sur la ligne fluide du corps. Les volumes allusifs évoquent les formes féminines. Issues de ses premiers « objets hermétiques », ses sculptures expriment la présence humaine. Pour dire la plénitude d’un corps, il recourt aux courbes larges, à des plans légèrement ondulés, infléchis par des poussées internes. Le rythme lent qui les parcourt dégage une sensualité originelle. Ces arêtes arrondies, ces pleins et ces vides desquels se dégage une vitalité toute organique, ont assimilé la leçon de Brancusi. Aujourd’hui, Milcovitch est lui-même. Il dialogue amoureusement avec le marbre dont il caresse le grain. La peau lisse d’une blancheur virginale est traversée de vibrations douces. La stylisation est évidente, parce que suggestive. Tout est clair, sans ambiguïté. Ici c’est la « forme de l’âme » qui parle. Dans la matière est caché l’esprit que l’artiste débusque d’une harmonie charnelle et universelle.
Galerie Sparts, 41 Rue de Seine, VI-ème. Jusqu’au 20 octobre.

Domitille de Veyrac, « Mircea Milcovitch, SCULPTEUR DE L’AME »
dans la revue « SORTIR » N°45, Magasine Culturel de Boulogne-Billancourt 2007 :
Plusieurs images accompagnent l’artricle

Le sculpteur Mircea Milcovitch est l'auteur d'une oeuvre épurée et prolifique. Du 8 juin au 1er juillet, la ville lui rend hommage en présen¬tant une quarantaine de ses sculptures et une dizaine de dessins dans la salle des Fougères.

Les sculptures sont là, éton¬nantes de simplicité et de pureté. Elles n'ont pas besoin d'explication, ni même de titre. Elles sont à ressentir. Tout sim¬plement. Si l'âme a une forme, c'est bien celle que Mircea Milcovitch façon¬ne depuis plus de trente ans. Son matériau : le marbre, le schiste, plus rarement le bois, dont il tire un vocabulaire de signes incroyables. La ville consacre une rétrospective à cet artiste sculpteur, qui est également professeur à l'atelier d'arts plastiques de Boulogne¬-Billancourt. Mais pour comprendre le chemi¬nement de son art, peut être faut-il revenir sur les pas de sa vie.

UN ALLER SANS RETOUR
Mircea Milcovitch naît près de la Mer noire, dans l'Ukraine de l'ex-Urss, d'une famille de langue et de culture russes. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, avec l'avancée des troupes soviétiques, la famille de Mircea émigre en Roumanie. C'est là-bas qu'il gran¬dit et qu'il étudie la peinture et l'architecture. Il est chargé de réaliser des décors et des costumes pour les Studios cinématogra¬phiques de Bucarest. La France, il y arrive pour la première fois en 1968. Alors que d'autres auraient cherché à rester, lui rentre dans son pays le jour même du Printemps de Prague. Aussi l'année suivante, quand une galerie parisienne décide d'exposer des artistes de l'Est, il est le seul que le parti autorise à fran¬chir le rideau de fer... Cette fois-ci, il ne ren¬trera pas. « Sans papiers, j'étais condamné à devenir artiste professionnel », explique-t-il avec humour.

LA RÉVÉLATION DE L'ART PRIMITIF
La suite est faite de rencontres qui dessinent peu à peu le chemin de sa vie. Des amis lui prêtent un atelier, des galeries parisiennes exposent ses peintures et estampes. Et sur¬tout, il découvre l'art égyptien au musée du Louvre et l'art primitif au musée de Saint¬Germain-en-Laye. Cette simplicité et cette force d'expression le frappent, autant qu'il a été frappé par la rencontre avec l'art sacré russe des églises byzantines quelque temps avant son arrivée en France. « Les formes¬-clefs de tout mon art se sont inscrites encore invisibles dans mon esprit. »
L'artiste dessine, peint. Son oeuvre sur papier porte déjà son oeuvre sculptée à venir. En 1972, Mircea réalise sa première sculpture en forme de goutte avec du schiste noir de Morzine. Il ne s'arrêtera plus.

UN ALPHABET DE FORMES
L'homme, fasciné par les signes et par la sym¬bolique, commence par tracer sur le papier une forme qu'il décline ensuite comme un alphabet. De ses centaines de dessins, il n'en retiendra que quelques-uns pour les sculpter dans la pierre. Celle pierre lui est presque une seconde nature. Il aime la toucher, sentir sa force. Elle est exigeante, éreintante aussi. Elle demande un investissement et un engage¬ment plus grands que la peinture. La décou¬verte du site du marbre de Carrare, en Italie, est une autre révélation. Ces montagnes blanches sont restées une des images fortes de sa vie. Depuis, il se rend régulièrement à Carrare pour choisir et dégrossir ses marbres. Ils sont encore bruts, mais déjà il devine la suite qu'il leur donnera : des anges, des formes humaines, seulement suggérés.

ELLES S'ENVOLENT DE LA PIERRE
L'artiste passe d'une symétrie parfaite au mouvement. Certaines sculptures sont posées sur un socle, d'autres semblent s'extirper de la pierre, comme pour mieux prendre leur envol, « comme l'âme qui tend vers l'immaté¬riel. »
Peu importe la notoriété. Mircea Milcovitch est un homme indépendant. Il ne se laisse pas plus dicter son art par les impératifs écono¬miques d'aujourd'hui que par le régime com¬muniste de sa jeunesse. Mircea sculpte dans le secret de son atelier. Personne ne lui impose de sujets. « L'essentiel, pour moi, est de réaliser une oeuvre. Je suis la pour ça. J'ai fait ce qu'il fallait pour le faire convenablement », assure-¬t-il. Il a fait beaucoup plus.
D. de V.

« Milcovitch, Formes et Forces », texte du Catalogue édité par la Ville de Boulogne-Billancourt pour l’exposition du 8 juin au 1 juillet 2007 à la Salle des Fougères :

Milcovitch. Des sculptures en marbre aux formes épu¬rées, un choix sur quelques périodes de son travail, pour dévoiler l'idée, le principe de création qui les réunit, tout en gardant ce qui ne sera jamais dit et expliqué, le secret de l'action de l'esprit dans la matière. Une rencontre entre modernité et tradition. Des formes sobres et parfois symétriques, issues d'un alphabet personnel que l'artiste s'est forgé depuis le commencement ("objets herméti¬ques" étaient leur nom), finissant par des volumes plus allusifs, anthropomorphes. Autant de figures ayant cha¬cune une personnalité, obéissant à la démarche de base qui est le maintien de la forme pure, la plus pure possi¬ble, tendue à l'extrême et parfaite dans sa finition, per¬fection digne du matériau choisi, le plus beau matériau, le marbre de Carrare.
Les sculptures sont accompagnées de dessins, comme pour prolonger, dévoiler davantage le « secret » de leur naissance et de leur message. C'est-à-dire suggérer les forces qui sont à l'origine de la tension intérieure qui rend la forme, le volume, si puissants. On comprend ainsi plus facilement la vie propre que vit chaque sculpture, sans faire appel à des références figuratives.
De la pureté des formes primordiales à la beauté stylisée des « corps » de la dernière série appelée Mémoire antique, cette oeuvre compacte, sans dispersions ni hésitations, peut être placée dans la suite des grandes démarches sculpturales modernes.

Mircea Milcovitch est né dans le sud de l'ancienne Bessarabie, en Ukraine actuelle, près de la Mer noire, dans une famille de langue et de culture russes. À la fin de la guerre, la famille est contrainte de partir devant l'avancée des troupes soviétiques et se trouve bloquée en Roumanie. Il y passe son enfance et fait ses études à Bucarest à l'École technique d'architecture et à la faculté des Arts plastiques. À partir de ce moment-là, il se consa¬cre entièrement au métier de peintre et forme avec de jeunes artistes amis, un groupe qui finit par constituer l'un des principaux noyaux anticonformistes en rupture avec l'art officiel. Sa trajectoire d'artiste en Roumanie est assez courte, car il quitte le pays à la fin de l'année 1968. Venu à Paris à l'occasion d'une exposition, il choisit l'exil.
Il commence la sculpture dès 1970, pendant des séjours en Haute-Savoie, où il travaille d'abord le schiste noir de Morzine. Plus tard, la découverte de Carrare et son royaume de marbre blanc le fascine et compte beaucoup dans l'orientation de son travail.
De nombreuses expositions personnelles lui sont consa¬crées en France et à l'étranger : collaboration étroite avec les éditions et la galerie La Tortue, la galerie La Pochade (Alain Digard), à Paris. Il participe aux grandes foires internationales d'Art contemporain en Europe et aux États-Unis (FIAC à Paris, foires de Bâle, Francfort, Bruxelles, Washington, New York). Il expose aussi une sculpture en bronze à la SAGA, avec la Monnaie de Paris.
Il réalise quatre oeuvres en pierre et une peinture murale pour des groupes scolaires à Meaux et Melun, en Seine-¬et-Marne et deux sculptures en marbre de Carrare pour le hall de l'ambassade de Corée auprès des Communautés européennes à Bruxelles. En 1991, la ville de Versailles lui commande une sculpture monumentale pour son nouvel espace d'art contemporain au « Carré à la Farine », et lui organise, à cette occasion, une grande rétrospective, appelée « Milcovitch - 20 ans de sculpture ». En 2003, il exécute deux oeuvres grand format en marbre blanc de Carrare pour une collection privée à Sao Paolo, au Brésil.
Il est exposé de manière permanente à la Galerie 9, à Paris. Sa dernière exposition personnelle remonte à sep¬tembre 2004 à la galerie Sparts, à Paris avec 54 marbres blancs de Carrare, constituant la dernière grande série de son travail, « Métamorphoses ». Depuis, il travaille sur une série « noire » en schiste d’Angers en vue d'une exposi¬tion fin 2007.
Particulièrement préoccupé par la transmission du « métier » et de l'acquis artistique, ainsi que par la possi¬bilité d'élaboration d'une méthode d'enseignement moderne, il a formé quelques jeunes artistes dans son atelier. Il enseigne à Boulogne-Billancourt au Conservatoire - Centre Georges-Gorse, puis à l'espace Landowski, depuis 1994.

La Gazette de l’Hôtel Drouot N°25 / 22 juin 2007 / De musées en Galeries / Boulogne-Billancourt (92) Milcovitch – Formes et Forces :

Le marbre impose ses lois. Milcovitch, né en Bessarabie et arrivé en France en 1968, en a expérimenté l'exigence que son ciseau interroge, attentif aux formes élémentaires qui en naissent. Sa sculpture, dont un ensemble est proposé, apparaît plutôt transfigurée. Ces formes familières et nobles sont le vocabulaire pour un langage au
service de la matière et de l'idée pure. Chargées d'un fort pouvoir évoca¬teur, symbolique, elles se veulent au service de l'harmonie universelle. Si la nature participe à cette lente matu¬ration, l'esprit intervient pour contri¬buer à la sublimation du geste. On trouve des similitudes formelles avec des éléments de nature, impulsion à une lente élaboration où le travail de la matière apporte sa réponse. Pétrifié, le marbre s'éveille à la forme qui doit dépasser toutes les formes existantes. Ses contours lovés et ses lignes assou¬plies doivent donner le sentiment d'être nés de la main de l'homme, démiurge d'un monde qui n'a pas d'équivalence. Le monde de l'art puise dans l'organique et le naturel. Milcovitch s'est trouvé le sien. De ses Carpates natales à son atelier dans l'Eure-et-Loir, il interroge le mystère de la vie, la marque du temps.
Salle des Fougères, sous la Grand-Place, 92100 Boulogne-Billancourt. Jusqu'au 1 juillet.

Lydia Harambourg, texte publié dans la page « Mircea Milcovitch », « La Bible de la Sculpture » Edition 2009-2010, Editions Le livre d’Art, Paris :

« Les récentes œuvres de Milcovitch confrontent classicisme et modernité, tradition et liberté. Milcovitch part à la conquête de la lumière sur la ligne fluide du corps. Le rythme lent qui parcourt ses sculptures dégage une sensualité originelle. Ces arêtes arrondies, ces pleins et ces vides desquels se dégage une vitalité toute organique, ont assimilé la leçon de Brancusi. L’artiste dialogue amoureusement avec le marbre dont il caresse le grain. La peau lisse d’une blancheur virginale est traversée de vibrations douces. La stylisation est évidente, parce que suggestive. Tout est clair, sans ambiguïté, ici c’est la « forme de l’âme » qui parle. Dans la matière est caché l’esprit que l’artiste débusque d’une harmonie charnelle et universelle.

Mircea Milcovitch, texte du catalogue de l’exposition rétrospective « Milcovitch, Formes et Signes », organisée par la ville de Dreux à l’Hôtel Montulé du 17 octobre au 30 novembre 2009 :

Des sculptures en marbre aux formes épurées, un choix sur quelques périodes de son travail, pour dévoiler le principe de création qui les réunit, tout en gardant ce qui ne sera jamais dit et expliqué, le secret de l'action de l'esprit dans la matière. Une rencontre entre modernité et tradition. Des formes sobres et parfois symétriques, issues d'un alphabet personnel que l'artiste s'est forgé depuis le commencement (« objets hermétiques » étaient leur nom) finissant par des volumes plus allusifs, anthropomorphes. Autant de figures ayant chacune une personnalité, obéissant à la démarche de base qui est le maintien de la forme pure, la plus pure possible, tendue à l'extrême et parfaite dans sa finition, perfection digne du matériau choisi, le plus beau matériau, le marbre de Carrare.
Les sculptures sont accompagnées de dessins, comme pour prolonger, dévoiler davantage le « secret » de leur naissance et de leur message. C'est-à-dire suggérer les forces qui sont à l'origine de la tension intérieure, qui rend la forme, le volume, si puissants. On comprend ainsi plus facilement la vie propre que vit chaque sculpture, sans faire appel à des références figuratives.
De la pureté des formes primordiales à la beauté stylisée des « corps » de la dernière série appelée Mémoire antique, cette oeuvre compacte, sans dispersions ni hésitations, peut-être placée dans la suite des grandes démarches sculpturales modernes.

Mircea Milcovitch est né dans le sud de l'ancienne Bessarabie, en Ukraine actuelle, près de la mer Noire, dans une famille de langue et de culture russes. À la fin de la guerre, la famille est contrainte de partir devant l'avancée des troupes soviétiques et se trouve bloquée en Roumanie. Il y passe son enfance et fait ses études à Bucarest à l'École Technique d'Architecture et à la faculté des Arts Plastiques. À partir de ce moment-là, il se consacre entièrement au métier de peintre et forme avec de jeunes artistes, un groupe qui finit par constituer l'un des principaux noyaux anticonformistes en rupture avec l'art officiel. Sa trajectoire d'artiste en Roumanie est assez courte, car il quitte le pays à la fin de l'année 1968. Venu à Paris à l'occasion d'une exposition, il choisit l'exil. Il commence la sculpture dès 1970, pendant des séjours en Haute-Savoie, où il travaille d'abord le schiste noir de Morzine. Plus tard, la découverte de Carrare et son royaume de marbre blanc le fascine et compte beaucoup dans l'orientation de son travail.
De nombreuses expositions personnelles lui sont consacrées en France et à l'étranger: collaboration étroite avec les éditions et la galerie La Tortue, la galerie La Pochade (Alain Digard), à Paris. Il participe aux grandes foires internationales d'art contemporain en Europe et aux États-Unis (FIAC à Paris, foires de Bâle, Francfort, Bruxelles, Washington, New York). Il expose aussi une sculpture en bronze à la SAGA, avec la Monnaie de Paris. En 1991, il réalise pour la ville de Versailles la commande d'une sculpture monumentale pour son nouvel espace d'art contemporain au « Carré à la farine », et la ville lui organise à cette occasion une grade rétros¬pective appelée « Milcovitch - 20 ans de sculpture ». En 2003, il exécute deux oeuvres grand format en marbre blanc de Carrare pour une collection privée à Sao Paolo au Brésil.
Particulièrement préoccupée par la transmission du « métier » et de l'acquis artistique, ainsi que par la possibilité d'élaboration d'une méthode d'enseignement moderne, il a formé quelques jeunes artistes dans son atelier. Il enseigne à Boulogne-Billancourt au Conservatoire Centre Georges-Gorse, puis à l'espace Landowski, depuis 1994.
Il est exposé de manière permanente à la Galerie 9, à Paris.

Mircea Milcovitch – Retrospective, par Constantin Roman, dans le site du « Centre for Roumanian Studies », Londres. A l’occasion de l’exposition organisée par la ville de Dreux, octobre - novembre 2009

Mircea Milcovitch est un sculpteur, peintre et graveur dont le profil dans le paysage artistique français a acquis une reconnaissance non pas uniquement nationale, mais aussi internationale. Un principe créateur relie organiquement ses œuvres dessinées et sculptées, dévoilant le mystère de l'esprit caché dans la matière. Utilisant des formes sobres, ses sculptures expriment un souffle unique de modernité et de tradition, à travers un alphabet qui lui est propre - un langage développé progressivement - à partir de ses " objets hermétiques " jusqu'aux dernières sculptures anthropomorphiques. Pourtant, chaque sculpture exprime sa propre personnalité, observant une règle de base : conserver la forme la plus pure, poussée à la limite du possible, polie à la perfection pour faire justice à la pierre noble dont elle est sculptée, le marbre de Carrare. Ses dessins complètent l'ensemble des objets, dévoilant le processus de cette gestation et du message qu'ils véhiculent. Ils dévoilent la force cachée qui rend la forme de chaque sculpture si puissante. Cela permet de différencier plus facilement son esprit, sans avoir besoin de références figuratives. De la pureté " hermétique " de ses premières sculptures, à la beauté anthropomorphique stylisée de la dernière série intitulée " Mémoire Antique ", cette œuvre, dépourvue de tout caprice esthétique, représente un prolongement naturel des meilleurs, des plus grands exploits de l'Art Moderne.

« Mircea Milcovitch », texte dans le catalogue de l’exposition « L’art et l’Oeuf », au Musée de Dreux, 27 mars – 3 octobre 2010 :

L’idée selon laquelle le monde aurait été créé à partir d’un œuf est très ancienne, elle existe déjà dans les mythes. Le plus souvent, il est question d’un œuf qui apparaît dans un genre d’eau primordiale, élément premier, matrice indéfinissable. Elle est indéfinissable puisqu’elle est différente de la nature de l’œuf, différente donc de la matérialité. L’œuf en question est l’origine de la matérialité, son contenu se présente dans un état chaotique. Cependant, les germes des deux composantes essentielles pour ce qui s’y développera par la suite s’y trouvent. Puisqu’il est potentiellement double, l’œuf n’est pas une sphère, est polarisé, géométriquement ellipsoïdal, c’est un « ovoïde ».
Quant à moi, artiste imagier, dépassant le minimalisme réducteur et trop mathématique de la sphère, l’ovoïde me paraissait plus riche, plus évolué. L’intérêt pour cette forme est venu avant l’intérêt pour sa signification. L’ayant déjà peint dans des paysages, un genre de nuage ovoïdal posé sur l’horizon ou sur l’étendue d’un champ, je le rencontrais ensuite dans les objets de culte des religions extrême-orientales, dans les manuscrits alchimiques. Lui attribuant une source dans le ciel, je l’allongeais et obtenais ainsi une forme ressemblant à une goutte. Cette forme devient le module de base de tout mon travail de sculpteur.
L’ovoïde du vase alchimique, les formes des athanors ou des creusets ressemblaient beaucoup à ce que mon esprit d’artiste, ma nécessité intérieure créaient. L’image d’un manuscrit ancien où un chevalier à l’épée flamboyante essayait d’ouvrir un œuf me paraissait bien plus importante que tous les essais pour comprendre les ovoïdes de Brancusi. La rencontre avec l’imagerie alchimique fut donc décisive, j’avais donc une nouvelle justification en cherchant la forme simplifiée, les plans enveloppants tendus à l’extrême. L’idée de perfection allait très bien avec mon penchant artistique – celui-ci purement intuitif – pour la forme pure. Je faisais des « objets hermétiques » à moi, en pierre noire, en marbre blanc immaculé, polis jusqu’à la « dématérialisation », dorés à la feuille d’or fin. Et maintenant, sans plus penser aux symboles ni à l’alchimie, je continue le même œuvre.
Mircea Milcovitch

Constantin Roman, texte publié dans les pages « Mircea Milcovitch » in « Art du Nu » (Edition Internationale 2010-2011), Editions Patou, Paris. Utilisé aussi comme introduction au site www.milcovitch.net :

« Les sculptures de Milcovitch expriment un souffle unique de modernité et de tradition. Un principe créateur les relie organiquement, dévoilant le mystère de l'esprit caché dans la matière. Utilisant des formes sobres, elles observent toutes une règle de base : conserver la forme la plus pure, polie à la perfection pour faire justice à la pierre noble qu’est le marbre de Carrare. De la pureté " hermétique " de ses premières sculptures, à la beauté anthropomorphique de ses " Mémoires Antiques ", cette œuvre, dépourvue de tout caprice esthétique est un prolongement naturel des meilleurs, des plus grands exploits de l'Art Moderne. »

Christine Sourgins « Peur de la sculpture, peur du métier ? »
in Ecritique N°11, 2e semestre 2010

« La sculpture de métier, une espèce menacée ?… Yerres évite le mélange de la sculpture de métier avec les fameuses installations : ces dernières procèdent souvent, non par le travail des formes, mais par une prédation et présentation d’objets réels ; ces assemblages, les sculpteurs de métier… les perçoivent comme une exacerbation du spectaculaire qui, s’il stimule le discours, interdit la contemplation. C’est pourquoi un M. Milcovitch réagit en choisissant les pierres les plus dures, y cherchant un concentré d’immatériel, capable d’exister seul, non pas dissout dans des mises en scène. »
.