Extraits de presse 1972 - 1985


EXPOSITIONS - René Déroudille : « MILCOVITCH » GALERIE 32, rue Auguste Comte, in Le Tout Lyon, Moniteur Judiciaire, 6 mars 1972

« La grande considération que nous avons pour Victoria Brossette vient du fait que cette généreuse animatrice prend son rôle très au sérieux et que, si elle n'ouvre pas toujours sa galerie comme beaucoup du reste de ses collègues à l'heure inscrite sur sa porte, elle possède une intuition, un désir de faire connaître à ses compatriotes des artistes aimés d'elle, sentiments dignes de son attachante personnalité. Fidèle à son programme, Victoria Brossette présente actuellement les sérigraphies de Milco¬vitch, un artiste dont les sonorités du nom révèlent, sans doute, des origines balkaniques. Pourtant, Milcovitch ne semble pas attiré par les mystères de l'âme slave. Au contraire, distant, rigoureux, presque hautain, le travail de l'invité de Victoria Bros¬sette se présente plutôt comme les résultantes d'une discipline constructiviste, liée à l'ordre horizontal vertical. La poésie de l'angle droit, chère au regretté Le Corbusier, s'impose aux yeux éblouis de Milcovitch et, au moyen de traits verticaux, horizontaux, voire obliques, l'artiste crée des sérigraphies dont la variété, le pouvoir expressif attirent les observateurs attentifs. Hier, Ja¬boulay nous invitait, chez Janine Bressy, à « l’Œil Ecoute », à suivre son écriture aux échos profonds. Actuellement Fred Deux, chez Paul Gauzit, nous livre les méandres de ses pensées. Milcovitch poursuit, Galerie 32, le même but : à savoir, montrer que la réduction des symboles graphiques peut enrichir le langage ou au contraire réduire profondément ses pouvoirs.
La réponse de l'hôte de Victoria Brossette se découvre sur les cimaises de la rue Auguste Comte. Milcovitch parle et, à aucun moment, il n'a besoin de faire appel à l'éloquence du discours pour atteindre la communication avec les autres, pour traduire ce qu'il désire intensément exprimer. Chaque symbole, mis en situation ou assemblé avec d'autres signes, permet au peintre de s'exprimer et de pénétrer en poésie, entraînant derrière lui tous ceux qui, de plus en plus nombreux, se révèlent capables de le suivre. Un peu comme Luc Peire dont nous avons vu récemment les œuvres au « Lu¬trin », Milcovitch utilise les traits les plus simples. Mais, si l'ami de Michel Seuphor s'en tient aux seules verticales capables d'occuper telle ou telle surface de la toile, Milcovitch se sert de l'horizontale et parfois des lignes obliques.
Luc Peire fait appel également à la couleur. Pour sa part, 
Milcovitch ne néglige pas les ressources de l'arc-en-ciel. Il situe, au moyen des teintes, ses fonds et ses lignes. Cependant, ses colorations sont toujours dépourvues de fluctuations, de modulations, de nuances.
L'alliance des noirs et des rouges par exemple, des ors et des olives, des orangés, des bleus et des blancs, est obtenue avec une franchise directe, comme si Milcovitch employait ce qui n'est pas son cas des couleurs primaires. Galerie 32, on suit la façon de procéder de l'artiste. Ce sont d'abord les « Diagrammes ». Ici les signes, serrés souvent dans des ovales et des rectangles, permettent aux horizontales
de limiter leur parcours, interrompu par une verticale capable de réduire les dis tances, mais aussi de créer l'ambiguïté du tracé et de l'espace.
Les ressources de l'optical'art sont en effet utilisées par Milcovitch. Sans jouer avec les mystères de la perception optique comme le fait Vasarely, l'artiste obtient des résultats singuliers. Il nous montre, en même temps, que notre regard possède des limites et des richesses dans la mesure ou tel élément graphique s'approche ou s'éloigne de nous, situant des dimensions spatiales équivoques ou au contraire affirmant les moyens de s'équilibrer et de demeurer sur la surface. C'est ainsi que dans la figure retrouvée sur l'affiche, le jeu des nombreuses horizontales et de l'unique verticale suggère la troisième dimension. Plu loin, deux yeux aveugles dans un ovale (semblables à un masque rouge et noir, restent sur la frontalité du papier. A côté de cette remarquable sérigraphie, une troisième permet à une teinte ténébreuse de signifier l'espace sur lequel se détachent deux gouttes menacées par des traits rouges, incisifs comme des piques.
Ce sont également deux tracés, l'un jaune l'autre violet, marqués par 8 cases sur un fond nocturne et une figure bleue où des perpendiculaires d'une nuance plus foncé tressent huit carrés qui opposent leurs verticales et leurs horizontales.
Dans les « méditations » la ligne devient plus simple, comme si elle reliait les points d'une épure et permettait à l'œil de se dégager de ses limites géométriques pour s'élancer vers l'inconnu. Des sérigraphies bleu clair, bleu foncé et orangé noir, atteignent le seuil de contemplation jusqu'a moment où Milcovitch nous entraîne vers l'inconnu en tentant de suggérer l’illimitable, le tout des choses, la symétrie valable pour tout élément vital.
C'est un grand cercle avec des horizontales grises et des diagonales terre rouge. Ce sont deux larmes noires fractionnée par des rayures tracées pointes au sol.
On a atteint la sérénité de la poésie graphique. On pense que les Lyonnais seront sensibles à ces sérigraphies dont les prix s’avèrent plus qu'abordables. De toute manière, une fois de plus, Victoria Brossete a accompli sa tâche. Que nos compatriotes veulent bien comprendre et suivre l’effort d'information et de témoignage culturel accompli par la « Galerie 32 ».

René Deroudille : SERIGRAPHIES DE MILCOVITCH, in Dernière Heure Lyonnaise (Les Arts), 6 mars 1972

La réduction des symboles numériques aux signes positifs et négatifs nécessaires au fonctionnement des ordinateurs peut apparaître comme une sorte de schisme à l'égard des mathématiques traditionnelles aux yeux de ceux qui ignorent la nomenclature binaire.
Le langage élémentaire de Milcovitch dont les œuvres sont présentées par Victoria Brossette, galerie 32, 32, rue Auguste Comte, risque de se révéler un peu court, aussi bien aux amateurs de peinture abstraite qu'aux fidèles défenseurs de la peinture figurative.
Ici, des traits verticaux, horizontaux, voire des lignes obliques, enserrées dans des rectangles, des losanges et d'autres figures géométriques servent de vocabulaire à un artiste dont la richesse d'invention risque de passer inaperçue à ceux qui possèdent des yeux pour ne rien voir et qui pro¬clament l'inexistence de phénomènes dont ils ne prennent pas conscience.
Pourtant avec quelle diversité, quelle ferveur Milcovitch trace ses « diagrammes », établit ses tables de méditation orantes, découvre « l'illimitable », crée, encore et toujours, à partir des deux dimensions de la surface, la suggestion de la profondeur.
Les ressources de l'opti¬cal'art viennent à l'aide de Milcovitch et c'est parce que l'invité de Victoria Brossette peut faire jouer ses verticales, ses horizontales, ses obliques, en toute liberté, qu'il obtient, sur un fond uni, où se juxtaposent les traits de son vocabulaire limité, des espaces mystérieux, arrachés à l’ambigüité de nos sens.
En effet l'art étant, à notre avis, un élargissement de la vision et de l'esprit, les tenants de l'art optique ont agi sur les phénomènes de la perception, ils ont obligé nos yeux à se dessiller et à percevoir davantage. De plus, ils ont exprimé l'état second où, sans le secours de la drogue, chacun peut se sentir concerné, envahi par des sollicitations spatiales vertigineuses.
Milcovitch refuse les apparences exaltantes du vertige, état magnifiquement étudié par le professeur Henri Maldiney il y a plus de dix ans, lors de l'exposition Duvillier à Pérou¬ges.
L'artiste présent galerie 32 s'en tient, presque comme les puristes, à la poésie de l'angle droit, au pouvoir d'expression lié à la multiplication des horizontales traversées par une verticale ainsi qu'au phénomène inverse, faisant appel aux lan¬ces des traits verticaux arrêtés, dans leur élan, par l'inertie de l’horizon.
On atteint les lieux étudiés par Luc Peire lorsqu'il révélait, chez Paul Gauzit, les pouvoirs de ces lignes lancées vers le ciel ou confondues avec les limites de la plaine.
Luc Peire évitait les diagonales ; de plus il utilisait l'épaisseur et la légèreté d'un trait, tout en faisant jouer, semblable à un jeu d'orgue, l'alternance des blancs et des noirs ainsi que les multiplicités chromatiques.
Chez Milcovitch, la couleur appartient au fond. Les « diagrammes précisent, avec un degré d'invention intense, les variations d'un élément graphique. C'est, par exemple, le thème utilisé pour l'impression de la belle affiche destinée à annoncer l'exposition. Un ovale, dessiné par un trait noir, serre, dans sa forme, des lignes parallèles aux directions horizontales en même temps un axe vertical tranche la sérénité de la figure.
Nous n'avons pas spécifié les couleurs des horizontales puisque les vertus de l'op'art nous permettent aussi bien de situer les traits orangés comme « fond » que de faire jouer aux noirs le même rôle.
On comprend donc l'intérêt de cette exposition Milcovitch pour un observateur attentif qui e eu le plaisir de savourer le graphisme rigoureux de Jabou¬lay à L'Œil écoute » et qui a parcouru au « Lutrin » les méandres de la pensée de Fred Deux.
Mais, que l'on ne s'y trompe pas, la contemplation des sérigraphies de Milcovitch nous permettent de suivre la volonté expressive du peintre attentif à situer une distance nécessaire entre sa pensée et ses actes.
Toutefois le sexe du monde, celui qui donne le plaisir et la vie oblige Milcovitch à hausser le ton. Il emprisonne, à ce moment, dans un noir, une sorte de coquille horizontale brochée, sertie, sur un fond rythmé par des lignes rouges et ors.
Plus loin deux yeux noirs aveugles interrogent le vide dont ils sentent la présence. A côté, une sérigraphie possède le pouvoir de marquer l'espace au moyen d'un ton ténébreux attaqué par des verticales roses.
Mais on lasserait nos lecteurs en décrivant la diversité des œuvres de Milcovitch et en montrant comment, à partir de trois symboles, « en un certain ordre assemblés », il arrive à organiser des situations graphiques d'un intérêt évident.
Cette faculté de communication, disons-le, assez silencieuse et hautaine, nous la retrouvons encore, plus marquée si cela s'avère possible, dans les petites sérigraphies où Milcovitch, reprenant le thème de la feuille d'arbre, du coquillage, de la goutte, s'exprime avec une puissance très obsédante.
On est demeuré confondu par la reproduction, en dimension réduite, de l'affiche coloriée d'une manière différente.
On atteint ainsi le stade de la méditation où, sur une étendue bleue, des valeurs diversifiées de la teinte, obligent l'œil et la pensée à se dégager de la matière, à s'évader du cadre pour se recueillir un instant et vivre, si cela nous est encore possible, en peinture et en poésie.
Dans les sérigraphies consacrées à « l'illimitable », Milcovitch refuse encore de séduire. Il établit, dans des bleus pesants et aériens à la fois, des sortes de planisphères constituées d'une vingtaine de cubes et de rectangles alternés.
Un lambda, très libre, à ne pas confondre avec l'odieux signe des ex miliciens français, tend également à rompre les limites d’une graphie géométrique où chaque fois interviennent des dimensions poétiques. Ainsi Milcovitch révèle, une fois de plus, la présence éternelle de la poésie au sein d'une action sans complaisance.
Victoria Brossette nous a fait comprendre et aimer un poète de l'écriture graphique. L'animatrice de la galerie 32 a accompli sa tâche avec son beau sourire. Qu'elle soit remerciée de son activité généreuse en même temps qu'on la complimente de ses connaissances profondes et de son intuition très sûre.

Dominique Gerst : texte pour la plaquette de l’exposition Milcovitch à la Galerie La Tortue Paris, janvier 1973
(extrait)

« Pensée par l’image. Car c’est un mode de pensée ici proposé. Réflexion qui nous rappelle qu’il y a dans l’image, dans la nécessité avec laquelle s’impose l’image, une exigence qui dépasse l’arrangement de surface, que l’image est porteuse d’une connaissance plus profonde, plus sérieuse, qu’elle ne peut cesser d’être un aspect de ce « dialogue » qu’entretiennent aussi les sciences avec la nature.
Quelques constantes de la nature. Constantes qui, tels des symboles, se retrouvent partout dans la nature, à toutes les échelles de l’observation, entre nos deux infinis, et, ici isolées, épurées, reprises et répétées, suggèrent une « lecture » nouvelle de ces formes, ouvrent sur un domaine de pensée porté par elles, mais que, noyées dans la nature, elles ne permettaient pas encore d’entrevoir. Symboles en effet, figure rencontrée mainte et mainte fois dans le réel, ayant mainte signification et dont l’isolement permet de rassembler ces significations diverses qui s’interpénètrent, s’expliquent l’une par l’autre, se développent, voire, trouvent dans cette rencontre un sens nouveau. Poursuite d’une tradition symbolique où l’allégorie, en dépit de toutes les explications qu’on cherche à en donner, ne signifie pas telle connaissance plutôt que telle autre, mais signifie toutes ces connaissances, qui n’en excluent pas d’autres encore, même non-dites et peut-être non-dicibles.»

Sabine Marchand : Le Figaro (Les Arts) 12 janvier 1973, au sujet de l’exposition à la Galerie La Tortue, Paris :

« Cercle ou ovoïde simple. Deux formes-symboles à travers lesquelles l’esprit engage le dialogue au niveau de l’essentiel : l’être humain, la terre. A partir de ces images élémentaires, MILCOVITCH a conduit ses recherches dans le sens d’un rapprochement toujours plus vrai de la forme idéale, afin de répondre à sa propre définition de l’art : «Tenir lieu de schéma pour une compréhension analogique et intuitive du monde, du réel, du tout. »
La variété des travaux réunis ici, dessins à la mine d’argent, formes en ardoise polie ou en bronze, sérigraphies aux effets optiques, témoigne d’une quête faite avant tout d’exigence. « Il faut éviter avant tout que simplification ne soit pas signe d’affaiblissement », explique l’artiste. MILCOVITCH a su éviter le piège. L’œuvre se goûte dans un climat de tension intérieure, de dialogue intime. »

Poème de Michel Seuphor, dans la plaquette pour l’exposition de dessins, estampes et sculptures de Milcovitch à la Galerie La Tortue, Paris, daté 16 juin 1974 :

« des lignes parallèles
comme des champs labourés
fraîcheur géométrique des labours
on entend comme une musique
calme très calme
satie sans satire
avec un rien satiné
rythmes purs
nulle invite au délire
la danse est simplement gracieuse
ligne - forme – couleur
mesure
mesure
mesure
à la faveur du geste lent
je suis dit-il comme un lait pur
et sans mélange
surtout sans mélange de miel
je l’œil rouge
pour protéger le regard bleu
contre le bleu mordant du ciel
ici la terre n’est pas une boule colosse
avec des salissures
c’est tout juste si l’on se trouve au monde
rêves-tu tout éveillé ?
j’apporte le chant qui te convient
loin des grimaces
chose autre que les choses
gratuite
ouverte
avec un très léger sourire
derrière le front lustré
mon nom est milcovitch
voici mon drapeau blanc
et l’ombre de ses plis
signé seuphor »

Martine Voyeux, « Les Illuminations Plastiques de Milcovitch » (extraits) dans Le Quotidien de Paris 5 décembre 1974, à l’occasion des expositions parallèles dans les Galeries Marc Barroux et La Tortue, Paris :

« Volumes sculptés longuement polis, métamorphoses successives d’une forme unique circulaire qui se dédouble, s’allonge ou se rétracte… le cercle est l’image du parfait : Ce qui, en langage courant, tourne rond. Comme la terre – et dont la souple mobilité se fait ovale, goutte ou ellipse allongée vers le ciel. Ciel et terre. Car c’est de cela qu’il s’agit : de leur mutuel pouvoir d’attraction. L’homme n’a que deux pieds sur terre : son corps se déploie dans le ciel. Et la sculpture pourrait être la matérialisation de ses pensées verticales. Incarnation de l’esprit. En marbre blanc ou noir, ou en ardoise polie, aplanie. Matériaux nobles pour des formes rassemblées au centre d’une pièce telles une population extraterrestre. Etrangeté de ces formes dont les dimensions assez réduites semblent cependant immenses à nos yeux, comme possédées d’un geste aux lenteurs interplanétaires… Illumination. »
« Et l’on revient ainsi aux sources de cette abstraction qui est l’essence même de la figuration, la forme première et éternelle. En sortant de la galerie, on trouve alors que le ciel bleu-gris sur Paris a un goût d’éternité qui vous fait un peu chanceler. »

Le Quotidien de Paris, 5 décembre 1974 :

« Milcovitch : un jeune artiste qui comptera dans l’aventure du néo-plasticisme. Où il est démontré que la rigueur géométrique n’est pas l’ennemie de la poésie »

Milcovitch, dans « Art Abstrait » vol. 4, par M. Ragon et M. Seuphor, Maeght Editeur 1974 :

« Style linéaire d’un élémentarisme rigoureux »

Sabine Marchand, « Objets hermétiques », Le Figaro, 6 décembre 1974 (extrait)

« Tradition retrouvée de l’objet. Irrésistiblement la main est attirée par le poli satiné des sculptures de Milcovitch. Aucune aspérité n’arrête le geste le long des courbes douces de ces pierres taillées selon des formes parfaites… » « Mes objets hermétiques veulent être simples avant tout - précise l’artiste. Il se pourrait que cette pureté me soit dictée par mon goût pour la science des symboles. Les dessins exposés montrent au contraire l’intérieur des objets – leur squelette. »

Frédéric Charmat « Milcovitch – un rêveur rationaliste », Flash Médical, Paris, janvier 1975 :

« Malgré une réflexion rigoureuse, quasi-mathématique, et le sens de recherche qu’il donne à son art, malgré la thématique complexe, parfois ésotérique, qu’il lui donne, MILCOVITCH sait rester près des choses de la terre… »
« Mircea MILCOVITCH est un poète, un artiste authentique qui sait que la vie est sa création d’œuvres, qui semblent métamorphoser l’organique en inorganique et vice-versa en une quête jamais satisfaite vers un absolu, son absolu. A l’instar des sciences fondamentales, MILCOVITCH aime à rêver d’un art qui serait un mode de connaissance donnant la primauté à une intuition spiritualisée. Un art qui serait connaissance des intentions de l’univers et un moyen de l’appréhender. »

Franco Silvano, « Da Parigi », dans la revue Le Arti, Milano, janvier 1975, (extraits traduits de l’italien) :

« Le signe du mythe dans sa signification plus hermétique qu’abstraite. L’abstraction tient compte du processus de séparation, de décomposition des formes, qui concerne soit l’objet et le monde en soi, soit l’individu et sa psyché, l’intention comme motivation inconsciente. L’hermétisme de Milcovitch est abstraction dans le sens contraire. Plutôt une recomposition, dirais-je, établie sur le support des scissions scientifiques : la découverte des formes à leur unité extrême. AB OVO. Tout naît et revient de et à une condition première : au-delà il y a le mystère, l’hermétique. Le mythe se confie aux termes mathématiques, la loi du nombre, seule, préside l’ascension – des figures et des formes – avec une organisation toujours plus variée, mais non moins respectueuse du rigorisme numérique.
La goutte d’où prend le départ l’intention, se transforme au fur et à mesure. Elle nous est redonnée en variations très proches de cette nature dont nous sommes censés tout connaître mais dont nous donnons l’impression de vouloir nous éloigner à tout prix. La goutte, à laquelle se confie l’équilibre de l’architecture byzantine. Les coupoles des églises orthodoxes : l’image mystique du don qui procède du ciel vers l’homme et depuis lui, tend de nouveau à l’univers. L’Alpha et l’Oméga de tout principe et fin.
Mais l’artiste ne conçoit plus cette symbolique comme l’apanage exclusif du mysticisme religieux, monopolisant cette connaissance par attribution prioritaire à son type de culture. Elle appartient à l’homme depuis toujours, préexistant à l’intention de la circonstance emblématique. Avant même de l’apparition des notions alphabétiques, nécessaires à sa démonstration. »
« Les formes de Milcovitch, sculptées ou réalisées en deux dimensions sur la toile, échappent à l’objectivation sauf pour la valeur de la matière : la pierre pour la sculpture, les couleurs pour la peinture et, pour les deux, le raffinement exigeant de l’apport technique. L’objet, donc, est par soi-même immatériel, né seulement dans l’idée, hormis le moyen de réalisation. Monde platonique.»
« La signification sémiologique de ces expressions remonte aux sources scientifiques de la matière, à travers une interprétation qui ne s’éloigne pas tellement des images aperçues en laboratoire sur les clichés photographiques, comme d’ailleurs elle respecte l’engagement esthétique qui en découle : clarté et netteté dans l’emploi des matériaux – marbres et pierres – violentés pour la pure représentation moyennant l’entremise raffinée du polissage. Objets projetés au-delà de leur propre dimension, singulière et imperceptible.
La goutte, l’ovale, l’ellipse, l’embryon, les particules du noyau atomique, l’Alpha et l’Oméga, inscrits dans des représentations et compositions : motifs de la condition sémantique qui caractérise cette recherche, exprimés à travers un riche soliloque plastique.
La genèse de l’œuvre de Milcovitch procède donc sur les deux constantes de la recherche et de la perfectibilité. Cette attitude intellectuelle qui ne néglige aucun des détails, scientifiques, mythologiques, à la limite littéraires, d’une maturation créative, donne à ses œuvres un caractère peut-être bloqué, comme presque pris au piège par l’influence byzantine, propre à l’artiste et due à ses origines orientales et à sa culture. Son art nous arrive transféré, trop esthétique. Il nous est difficile de nous en emparer, et nous sommes portés à évaluer seulement ses faits extérieurs, mais dont nous ignorons les efforts saillants à se manifester.
Je pense qu’en substance, l’artiste nous re-propose à son tour l’interrogation dont est pris celui qui regarde son œuvre : « Les mythes modernes ne circulent pas, bien qu’ils existent dans la science. Quelle imagerie, quelle convention, quel langage peuvent donner une idée de ces mythes ? Ce sont des problèmes que je pose ».
Au temps et à l’évolution des vertus du patrimoine humain, la réponse que nous ne cesserons jamais d’attendre ».


Pierre Gaudibert, texte de l’invitation, l’exposition à la Galerie L55, Paris, avril-mai 1976 :

« L’exposition ne donne pas seulement à voir des œuvres d’art réalisées selon les techniques et dans des matériaux différents : elle témoigne d’une démarche orientée, d’un travail plastique acharné poursuivi sans trêve depuis l’arrivée à Paris ; cette méditation active sur l’image est adossée à une quête de connaissance… Ainsi peut-on suivre, par exemple, l’élaboration et les variations d’un diagramme, d’un schéma organisateur, d’un symbole graphique primordial : la goutte-germe au renflement ovoïde issu d’un point originel, qui se retrouve à la fois dans les formes de la nature organique par l’œil humain ou par l’appareil scientifique, dans les différents symbolismes, dans la morphologie des arts, avant d’évoluer dans les œuvres dessinées, peintes, sculptées de Milcovitch : tout ce qui relie le champ du visible au non-représentable, d’une façon non arbitraire et selon le nombre. »

M.-C.V. « MILCOVITCH », dans Les Nouvelles Littéraires 22 avril 1976, à l’occasion de l’exposition à la Galerie L55.

« En bois, en terre cuite, en bronze doré, des courbes fermées s’arquent, se déploient, s’arrondissent en dômes bulbeux ou se cambrent en croissants aux extrémités acérées. Et si l’on retrouve dans ces sculptures un certain primitivisme, c’est parce que les formes réduites à l’essentiel rejoignent l’universel. Ces recherches ne sont dues ni au hasard, ni à l’instinct. Elles procèdent d’une méditation philosophique fondée sur la loi des nombres et sur le caractère capital de trois symboles fondamentaux : « l’arbre » (axe du monde, énergie vitale de la terre, union du continu et du discontinu), « l’aura » (rayonnement, principe du sacré et du divin), « le centre » (lieu de condensation et de coexistence des forces opposées). Des peintures, des dessins, des schémas explicitent la démarche globale et témoignent des préoccupations ésotériques de ce jeune artiste… »

Jeannine Warnod, « MILCOVITCH, Prix Fénéon » dans Le Figaro du 6 février 1977.

« Les prix Fénéon ont été décernés à l’écrivain Renaud Camus pour son livre Echange et au sculpteur Milcovitch. Parmi les 400 œuvres présentées par les candidats, le jury, présidé par le recteur Robert Mallet, a sélectionné 30 peintures et 7 sculptures de tendances très différentes… Une sculpture abstraite, élancée, aux formes rondes et lisses, retint l’attention. Son harmonie et sa symbolique valurent à Milcovitch le prix des Arts Plastiques décerné en souvenir du critique d’art, défenseur de Seurat. D’origine russe, cet artiste de 35 ans, aujourd’hui français, a vécu longtemps en Roumanie où il reçut la leçon de Brancusi. Il était venu à Paris exposer ses œuvres dans un groupe d’artistes roumains. Il y est resté. Dans un atelier à Nogent sur Marne, il taille la pierre et grave sur des cuivres des motifs géométriques d’une grande pureté. Son rêve était d’aller à Carrare sculpter le marbre en taille directe. Il sait à présent que, grâce à ce prix, il pourra s’y rendre. »

Michèle Marchand, « Mutus Liber de Milcovitch », feuillet pour l’exposition à la Galerie La Tortue, octobre 1977 :

« Il faut l’œil du maître : suivez le regard. Non pour découvrir quelque secret d’alchimie dans une image allégorique. Pas davantage dans l’espoir d’approfondir une étude historique sur les symboles de la Tradition. La leçon est ailleurs, dans « ce » regard porté sur les symboles. Une forme de goutte, une forme de cornue, une forme de croissante redeviennent, dans ce sanctuaire, des « formes ». Formes qui ne sont ni de pures ornementations, élégantes mais anodines ; ni des signes mathématiques, instruments accidentels et indifférents de la raison : ce qu’elles sont ces formes, vues par Milcovitch, ce qu’elles expriment, ce qu’elles signifient, nulle autre forme ne le sera, ne l’exprimera, ne le signifiera, moins encore, nul autre mot. »

Jeanine Warnod, « MILCOVITCH » dans « Accrochages », Le Figaro 18 novembre 1977, à l’occasion de l’exposition à la Galerie La Tortue, Paris.

« Milcovitch, sculpteur et graveur, s’exprime par des signes. Il en connaît le code mais, pour nous, ce ne sont que des éléments plastiques. Ces larges virgules qui, dans ses dessins, s’allongent et prennent la forme d’un cœur, d’une spirale, d’une flamme, d’une demi-lune, d’une cible, d’un têtard, d’un caducée, de lèvres, constituent l’alphabet d’une écriture inventée par Milcovitch. Quand il aborde la sculpture en marbre et en bois, ses volumes lisses comportent moins de références à la réalité, et on retrouve dans ses sérigraphies ces figures abstraites évoluant comme des soucoupes volantes dans un paysage planétaire. »

Cl.P.M., « MILCOVITCH » dans Nouvelles Littéraires nov.1977, à l’occasion de l’exposition à la Galerie La Tortue, Paris :

« Pas de discours, pas de légendes, pas d’explications dans le « Mutus Liber » - le Livre Muet – que présente Milcovitch. Rien que des symboles juxtaposés dans une grille numérotée, des structures archaïques dérivées de formes rencontrées dans la nature et qui composent les signes d’une nouvelle écriture. Pour Milcovitch, il faut avoir des yeux pour voir ; et son livre, c’est celui que « les enfants de l’écriture ne savent plus lire depuis qu’ils sont si savants. »
Il s’agit simplement de porter son regard sur ces signes hermétiques jusqu’au moment où se déclenchent des associations, où des souvenirs enfouis resurgissent à la mémoire. Alors vous reconnaissez la forme d’une feuille, d’une goutte d’eau, la forme d’un croissant de lune ou d’un arbre. Oeuvre qui serait une pédagogie de la vision et de l’attention. Elle s’inscrit contre tous les discours pour ne laisser place qu’à la méditation. »


« MILCOVITCH - Mutus Liber », dans Pariscope, Expositions, 2 novembre 1977, à l’occasion de l’exposition à la Galerie La Tortue, Paris :

« Dessinateur et sculpteur, russe naturalisé français, Prix Fénéon de l’Académie de Paris, l’artiste revient à la leçon alchimique de la connaissance silencieuse, dans des dessins d’une lisibilité immédiate où s’enchevêtrent les symboliques du psychisme. »


Le Quotidien de Paris, « Dans les galeries », 20 octobre 1977, à l’occasion de l’exposition à la Galerie La Tortue, Paris :

« Milcovitch : La sculpture occulte – toute une initiation par la forme qui est ici, d’abord symbole. C’est aussi l’écriture d’une gravure ésotérique. »

Jacques Collard, « MILCOVITCH : Mutus Liber ? » dans POURQUOI PAS ? 1 novembre 1979, Bruxelles, à l’occasion de l’exposition à la Galerie Jan De Maere, Bruxelles.

« Dans le désarroi, dans l’indigence spirituelle que vit notre Occident, il est roboratif de sentir et de réaliser qu’employé par certains, le langage artistique est peut-être celui qui va nous conduire vers le chemin initiatique déserté par les religions mourantes ? Celui par lequel pourra s’opérer l’indispensable retour aux sources ?
Des signes, ou des signaux, lancés vers qui doit comprendre : ainsi situerais-je le propos artistique de Milcovitch, placé, géographiquement et culturellement, en position d’INTERMEDIAIRE, d’homme des confluents… Il mène une démarche polyvalente, puisqu’il est à la fois sculpteur, graphiste, peintre. Mais un thème unique surplombe ses trois langages : le retour via la nature, aux formes primordiales, aux sources de la vie.
Enchanterait-elle un psychanalyste, cette œuvre posant maintes questions ? Je ne sais. Mais elle alimenterait, certes, la méditation d’un biologiste désireux de transcender sa discipline dans une voie métaphysique. « Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? ». Vous qui avez le courage de penser au lieu de vous en remettre à la pensée d’autrui, connaissez-vous d’autres questions IMPORTANTES ? On tente ici d’y répondre. »

Stéphane Rey, dans « L’Echo de la Bourse », 1 novembre 1979, Bruxelles, à l’occasion de l’exposition à la Galerie Jan De Maere, Bruxelles :

« Découvrir MILCOVITCH, c’est découvrir un autre monde. Cet artiste… s’est créé un langage qui est celui du symbole et de la pensée. Il y a dans ses formes un mystère et un rappel de choses très lointaines, très primitives. Mais aussi un soin religieux, une gravité qui n’est pas sans allégresse, quelque chose d’ésotérique et de sacré. Cet hermétisme ne se détache pas cependant des choses de la terre. Bien au contraire. On a la sensation d’un courant tellurique qui vient de donner à tant de volumes naturellement simples, à tant de formes porteuses d’un secret immémorial, une signification d’éternité. On a touché ici, par une mystérieuse initiation, à quelque chose de parfait, à des manifestations discrètes de ce grand « tout » que l’on a pu entrevoir parfois dans les œuvres des grands primitifs inspirés et plus près de nous dans celles d’un Morandi. »

Jeannine Warnod, « Milcovitch, peintre et sculpteur », dans Le Figaro 4 janvier 1980, à l’occasion de l’exposition à la Galerie Alain Digard, Paris :

« Milcovitch, sculpteur, taille le marbre jusqu’à ce qu’il obtienne des formes plates, lisses, élancées, qu’il superpose ou accouple comme des signes. Milcovitch, peintre, écrit sur sa toile d’autres signes qui relèvent autant de l’écologie par la présence d’arbres chargés de chlorophylle que de l’astronomie par l‘évolution des planètes dans l’espace, ou d’une interprétation de la Cabale par des images, racines, œufs, ouvrant les chemins enfouis du subconscient.
Des paysages noyés dans la brume entourés de textes manuscrits, des végétaux dont la classification rappelle les planches de botanique, des graines géantes contenant des embryons d’arbre, constituent un langage ésotérique que Milcovitch exprime par de formes légères et des tons subtils.


« Deux symbolistes, le clair et l’obscur » dans Les Nouvelles de Versailles, 20 février 1980, à l’occasion de l’exposition « Symbolisme d’Aujourd’hui, Kilar et Milcovitch », Centre Culturel de Garches (Hauts de Seine) :

« Découvrir la sculpture de Milcovitch, c’est aller au-devant de formes élémentaires, mais fortes, marbres de Carrare, ardoises d’Angers, qui tirent leur puissance de leur simplicité même. La matière polie et lissée à l’extrême se déploie en courbes généreuses, toujours fidèles à un axe de symétrie. Selon Milcovitch lui-même « là où il n’y a pas de symétrie commence le désordre ».
Milcovitch puise son inspiration à la source des alphabets anciens, dans la tradition ésotérique des peuples méditerranéens, dans l’imagerie médiévale. Sous-jacente à l’esthétique des lignes et des volumes, ces sculptures sont porteuses d’une symbolique non clairement définie mais que l’on sent essentielle. Des fenêtres vers un quelque chose obscur mais primordial. Même recherche d’une « essence » dans ses tableaux qui alternent, sur un même sujet, représentation réaliste (collage d’une feuille par exemple) et représentation symbolique (arbre peint) comme pour signifier leur rapport mutuel. »

WGB. « Avec une arrière-pensée russe », dans Wiesbadener Ingblatt, 11 juillet 1980, à l’occasion de l’exposition à la Galerie Paul Zuta, Wiesbaden (traduit de l’allemand) :

« Cette semaine a eu lieu le vernissage du peintre, dessinateur et sculpteur russe Milcovitch chez Zuta. L’artiste lui-même était présent, mais sans donner trop de renseignements sur ses œuvres d’une forte tendance mystique. Mais ses œuvres sont largement équipées de textes et de vers (en partie en français), qui attestent un dialogue avec les religions et la littérature.
En fait, Milcovitch rappelle très fort Brancusi, qui comme lui était venu de Bucarest. Cependant, l’arrière-pensée russe que l’on peut trouver dans son art, soit dans la Cabale, la symbolique ou dans l’astrologie, n’est pas colorée ni folklorique, mais plutôt dans une seule couleur sur des fonds sombres. Qu’il s’agisse de dessins, aquarelles ou sculpture, Milcovitch les utilise tous pour exprimer les choses d’une façon documentaire. Les dessins font souvent penser même à Picasso. Une constatation certaine et surprenante pour un artiste venant de la Russie.
Mais Milcovitch a étudié l’art et l’architecture à Bucarest, et les Roumains sont, comme on le sait, après les Chèques, les plus occidentalisés dans l’art, même si la symbolique juive de l’Est a certainement laissé une trace profonde chez lui (par exemple le chiffre sept qui apparaît au-dessus du paysage, le huitième segment étant la terre). Milcovitch, qui vit depuis 1968 en tant qu’artiste à Paris, a eu depuis 1970 des nombreuses expositions et est aussi connu de façon internationale.
Son tableau certainement le plus intéressant, chez Zuta, est un pastel sur papier avec trois anges volants, dont la signification se laisse seule deviner. Sa colonne « Mercure » rappelle Brancusi et d’autres, alors que le serpent Ouroboros qui se mord lui-même la queue, provient de la symbolique grecque, les demi-lunes superposées semblent provenir plutôt de la culture islamique. Une source alchimique allemande peut se retrouver dans cet arbre réaliste de la Bible, sur lequel pendent, comme des fruits, des symboles. Milcovitch lui-même signe ses œuvres avec un symbole.
Ce que tout cela signifie, tout ce qui apparaît devant nous plastiquement, sculptures en ardoise, bois, pierre ou bronze, reste ouvert, tout comme reste ouvert l’arbre double ou le double principe masculin-féminin caché dans toute existence humaine. Tous les arguments scientifiques, dit-on, sont voués à l’échec devant la conviction de Milcovitch ; la foi, l’amour et le sentiment dominent. C’est dans ce sens que cet artiste actuellement occidental, avec son fond de l’Est, n’est pas pour autant moins européen que d’autres…

« L’Art des Formes – gagnées par la Nature » : Milcovitch chez Zuta, dans Wiesbadener Kurier, 11 juillet 1980, à l’occasion de l’exposition Gal.Paul Zuta, Wiesbaden, Allemagne (traduit de l’allemand) :

« La première rencontre se fait à travers la vitre. Il y a des sculptures petites et des plus grandes, surtout de couleur foncée, d’une grande pureté et beauté, toutes symétriques, partagées en deux, par paires. Il s’agit de formes comme des lunes, des cœurs, des flammes. Elles frappent par leur pureté absolue et en réalité sont bien des objets strictement construits. Jamais repoussants, familiers tout de suite.
Si on ne devine pas leur sens, on l’apprend dans la galerie Paul Zuta. L’artiste nommé Milcovitch, né en 1941 en URSS, ayant étudié à Bucarest et vivant depuis 1968 à Paris, nous livre lui-même dans plusieurs de ses dessins – ayant l’apparence d’estampes mais étant bien des originaux – l’origine de ses formes. Par exemple, on voit dans l’Allégorie du Septénaire, une feuille, comme un original, tombée de l’arbre ; sa forme, les bords bien formés. Et puis dessus, la même forme, mais seulement géométrique, faite de cercles, de sphères, aucune transposition réaliste mais réduction au principe, à la base fondamentale. A partir de cette représentation on gagne la forme originale, on transforme l’individuel en général, la chose végétale en construction, un processus que l’on pourrait également inverser. Réduction à l’essentiel : la nature devient art. Et ainsi est également levé le secret : ces formes construites vous semblent si proches, puisqu’on les connaît depuis longtemps dans leur existence réelle.
En partant de cette révélation, l’artiste emprunte trois chemins. Tout d’abord il relie avec leur origine les formes créées, qui peuvent venir des arbres, être semblables aux cônes, sphères, gouttes. Il pose ses figures dans un paysage naturel, les laisse planer au-dessus : cela produit un attrait d’une familière étrangeté. Il rend ensuite ces formes indépendantes, elles deviennent forme pure, comme par exemple dans une Allégorie de l’Arbre ; le mot « allégorie », c’est-à-dire expression figurative d’une idée, désigne directement sa méthode. Des descriptions avec une écriture « ancienne » accompagnent souvent les dessins, ce qui donne au tout le caractère d’un livre d’enseignement. Avec tout cela, le côté technique de ses tableaux n’est pas moins remarquable, ils sont aussi précis que s’ils avaient été imprimés, bien qu’ils soient réalisés avec des crayons de couleur, pastel et crayon d’argent, ayant eu d’abord pour fond, comme l’explique Paul Zuta, une surface imprimée en sérigraphie.
La troisième voie est, enfin, celle des formes sculptées. En ardoise foncée, marbre clair, bois, terre cuite, plus épaisses ou en plaques plates, même avec les bords translucides. Pour trouver la forme, Milcovitch utilise avec beaucoup de fantaisie son propre canon. La forme qu’il trouve garde, néanmoins, les proportions harmonieuses indispensables. Ainsi créé-t-il son propre Cosmos d’harmonie parfaite.

« Mircea Milcovitch », dans le catalogue de l’exposition « Les Métiers d’Art » au Musée des Arts Décoratifs, novembre 1980 :

« Sculpte des formes symboliques issues d’alphabets anciens, puisées dans la tradition ésotérique méditerranéenne ou interprétées à partir des signes mystiques de la Cabale. Traduit ces formes dans une matière toujours lisse ou polis à l’extrême. »


Gilles Gaultier, « Mircea MILCOVITCH – L’or des philosophes », catalogue de l’exposition à l’occasion du Festival International de Cinéma de Thonon les Bains, octobre 1981 :

« Il est des rencontres inattendues au monde des créations. L’œuvre de Milcovitch fait partie de ces matières précieuses que l’on croyait perdues depuis la Renaissance et que quelques louches voyageurs nous affirmaient exister encore dans les replis méridionaux et septentrionaux de l’Himalaya. Les bibliothèques de Fès et de Bagdad enfermaient de ces guides enluminés dont la poussière en strates ne parvenait à taire le poudroiement doré.
D’entrée l’univers n’est plus envisagé sur le mode discursif. Les oppositions réalité/imaginaire, connu/inconnu, signifiant/signifié, esprit/matière, méditation/action, figuration/abstraction sont évacuées pour ne laisser subsister que la quête d’une totalité. La présence d’un dieu immanent en ferait une mystique. Je préfère pour ma part considérer cette œuvre comme une alchimie ou une poétique (comme peuvent l’être le Cantique des Cantiques ou les grands récits mythiques.
L’homme pris entre microcosme et macrocosme démêle, noue et dénoue les liens qui l’intègrent à l’univers, à la cosmogonie. Il n’y a plus d’un côté l’objet (le monde) et de l’autre le sujet, le spectateur (l’homme). Il s’agit de lors de faire l’investigation rigoureuse des correspondances, de tendre peu à peu à une synthèse. Le hasard s’efface devant la nécessité et je n’insisterai jamais assez sur la rigueur de telle démarche tant la pensée contemporaine a souvent confondu rationalité et logique.
L’œuvre s’institue d’emblée au-delà des mots. Mutus Liber porteur d’un enseignement où l’image demeure le vecteur privilégié du message. Dans ce contexte, le symbole devient l’élément signifiant et significatif. Il est l’outil d’investigation, de prospection. Il est le pont jeté entre le dicible et l’indicible, se situant d’autorité dans la mouvance des choses qu’il ordonne et qu’il lie. On a trop souvent réduit la portée des systèmes symboliques à leurs strictes connotations algébriques, mathématiques, chimiques ou même typographiques pour ne point leur redonner leur puissance d’évocation, de communication. Si le symbole guide l’exercice méditatif, il instruit l’homme de la matière, de la vie, des désirs.
N’en déplaise à nos modernes sémiologues et autres linguistes, l’analogie s’épanouit au-delà et en-deçà du concept. Le symbole est négation de l’allégorie et le code n’a de sens que dans la pratique, dans l’utilisation qui en est faite, in vivo.
Image, invitation à imaginer, à regarder, à voir et à chercher. Hors de sentiers battus, en éclaireur, l’œuvre de MILCOVITCH nous instruit d’une quête.
Paraphrasant les grands auteurs, je conclurai en affirmant que MILCOVITCH cherche l’or, mais que l’or ainsi recherché, n’est pas l’or vulgaire. Il est l’or des philosophes, l’élixir de longue vie, la pierre philosophale… »

Texte pour l’exposition « Œuvres de la Collection de l’Etat dans la Rue Royale », chez Régis Pellegrin, novembre 1981 :

« Peintre, sculpteur et graveur, il poursuit une recherche méthodique, créant des vocabulaires de formes symboliques et magiques confrontées à une représentation imagée de la nature dans des dessins d’une époustouflante virtuosité où la précision s’allie à une sensibilité contenue. »

L.D., « Milcovitch, peintre et sculpteur », dans Le Dauphiné Libéré, 12 janvier 1985, à l’occasion de l’exposition à la Galerie Cupillard, Grenoble :

« Installé à Paris, ce roumain d’origine russe peint encore comme ses pairs, parmi les plus doués, ont toujours peint, dans les Carpates, avec la même minutie dans le détail, la même apparente naïveté dans la composition, la même délicatesse dans le choix des nuances, c’est même parfois à la limite du folklore. Mais arrêtons là cette première impression car, bien vite, vous découvrez autre chose et qui est l’univers d’un homme très attiré par la métaphysique et la symbolique. Alors, au-dessus d’un paysage de fermes au charme rustique fondu dans une gamme des verts très doux, tourne, forme-symbole, inquiétante parce que susceptible de s’autodétruire, l’auréole-cercle, signe de vie ou de l’âme, signe que Mircea Milcovitch se plaît à introduire dans la plupart de ses huiles ou de ses encres aux dégradés particulièrement poétiques. Et d’ouvrir ainsi un dialogue où le regard et l’esprit ont une part égale.
Mais si Milcovitch est peintre, il est aussi sculpteur et c’est à ce titre qu’en 1977 il reçut le Prix Fénéon de l’Académie de Paris. N’est-il pas aussi, professeur de « volume » à l’Ecole des Beaux-Arts de Grenoble ?
Ses recherches sur la symbolique de la forme s’expriment par le marbre, le bois ou la terre cuite et ce sont autant d’ « objets » qui, dans leur pureté savamment polie ou patinée, illustrent bien cette « méditation active sur l’image » qui définit Pierre Gaudibert dans un texte écrit à l’occasion d’une exposition consacrée à Milcovitch à Paris.
Le germe de la vie est là plein et rond, vivant et évolutif suivant la propre réflexion de l’artiste, elle est riche de connaissances mais faisant référence aux premières civilisations. Fruits de ces réflexions ou « méditations », ces volumes sculptés se gonflent ; s’allongent, se dédoublent, sans jamais rien perdre de la forme la plus simple de la ligne la plus pure, parce que toutes proches de ces civilisations de nos origines auxquelles Milcovitch reste si fortement attaché.
D’où peut-être une démarche un peu intuitive qui lui fait conduire ses recherches avec ce sens primitif de l’art et de la vie. »

Grenoble Mensuel N° 14, janvier 1985, à l’occasion de l’exposition à la Galerie Cupillard, Grenoble :

« L’œuvre de Milcovitch si elle est à classer sans nul doute possible dans l’art contemporain, n’en possède pas moins les caractéristiques d’une double influence, celle de l’art traditionnel roumain, celle de l’art sacré russe… »

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