Extraits de presse 1966 - 1972

 
ROUMANIE 1966-1969

Note : « Milcovici» est la transcription en langue roumaine de « Milcovitch »

Petru Comarnescu, « Un nouveau talent : le peintre Mircea Milcovici », in Gazeta Literara, Bucarest, octobre 1966
(traduit du roumain)

« La Gazette Littéraire a pris l’initiative de présenter d’une manière plus soignée, c’est-à-dire plus souvent et comme une préoccupation continue, des jeunes débutants dans les arts plastiques d’aujourd’hui. Pour ceux qui seront ainsi signalés aux lecteurs de la revue, ceci ne signifie autre chose qu’une incitation utile et un appel à la grande responsabilité de la création, tandis que pour les critiques présentateurs l’occasion de vérifier leur propre perspicacité, le don d’intuition des valeurs en devenir, depuis leurs débuts. Cependant il n’est pas facile de choisir – à leurs débuts – les talents, surtout que les talents sont nombreux dans notre pays et nombreux ou nombreuses sont ceux et celles qui débutent d’une manière plus que prometteuse, malgré le fait que plus tard, tous ne tiennent pas leurs promesses. Espérons que ceux qui seront présentés ici par divers critiques ne démentiront pas les bons départs et la confiance dont ils bénéficient.
Mircea Milcovici – que la revue nous a signalé – mérite vraiment l’attention des amoureux de l’art. Né en 1941 il a fait l’Ecole Technique d’Architecture et la Faculté des Arts Plastiques à l’Institut Pédagogique de Bucarest. Certaines de ses œuvres ont été primées à la Biennale d’Art Plastique des peintres amateurs. A publié des illustrations. S’est manifesté aussi en scénographie faisant des décors pour le film Calea Victoriei et des esquisses de costumes pour le film Dacii.
Au-delà de ces études et occupations, il est d’abord peintre – un peintre à qui la couleur parle beaucoup et qui transmet, à travers la couleur, des valeurs d’âme, des visions d’un dramatisme accentué, l’atmosphère fascinante des lieux qu’il n’a pas uniquement vus mais où il a vécu. Les peintures exécutées cet été à Poiana Marului, nombreuses à la tombée du jour, ont une atmosphère dramatique transmettant le fabuleux de la nature et la poésie du soir. Même s’il utilise souvent des tons foncés – comme faisait à ses débuts aussi George Petrascu – les couleurs ont une forte et mystérieuse irradiation, créant une atmosphère de conte ou obtenant une transfiguration visiblement poétique. Les maisons, les arbres, les montagnes, les êtres ne sont pas seulement enveloppés de poésie, mais émanent de la poésie, celle qui leur appartient autant qu’au peintre.
Mircea Milcovici se distingue de ses talentueux collègues de génération ou de ceux plus âgés, exactement par ce don de créer l’atmosphère de mystère, profondément suggestive, de conférer aux couleurs sens et pouvoir irradiant, par d’inédites transfigurations dans lesquelles la candeur ou la naïveté de la construction s’assemble quelquefois avec une suggestive pénétration de la lumière et des ombres. Son vert, très varié, a parfois des éclats phosphorescents, les blancs reçoivent des pâleurs de rose et violet et les gris ont des écumes et dentelles blanchâtres. Dès maintenant, le jeune peintre possède une vision et un style qui ne peuvent pas être confondus avec ceux des autres. Il a, bien entendu, besoin d’un affinement encore plus subtil des moyens picturaux dont il dispose.
Dans certains de ses portraits et dans ses dessins, Mircea Milcovici accentue l’expression physiologique, il s’intéresse aux sentiments, à l’humain, ce qui est aussi méritoire et prometteur. Nous lui souhaitons de se développer sur la grande voie de notre art et de répondre aux hautes exigences humanistes. »

Deux reproductions de peintures accompagnent l’article : « Chasse aux ours à Poiana » et « Le matin ».

Iulian Mereuta : « Supraréalism ? », in Luceafarul, Bucarest, 2 mars 1968
(traduit du roumain)

« Le surréalisme n’a fait qu’officialiser la pénétration dans un domaine prohibé. Il est aujourd’hui une hypostase de la connaissance, une dérivation succulente quant à l’invention formelle, à une matrice commune fertile. A presque cinquante ans de ce qu’André Breton appelait « une aventure spirituelle singulière de l’époque » le surréalisme pictural demeure uniquement un inventaire fermé et ossifié avec des formes qui sont devenues prévisibles aujourd’hui, répétables et donc vidées de leur force visuelle initiale. A la question s’il trouve des émules parmi les peintres surréalistes, Freud répondait, sans précautions, par la négation, avouant – paradoxalement en apparence – sa préférence pour Léonard de Vinci. Aucune équivoque ne se cache dans cette réponse. Car les visions des peintres surréalistes, je me réfère aux relations entre les chiffres symboliques contenus, une fois matérialisées, donc incarnées d’une forme ou d’une autre, cessent d’être obscures. Dans ce cas, la psychanalyse ne s’applique plus au subconscient traduit en œuvres plastiques d’une manière sémantique, mais la psychologie de la forme. Il est facile de déchiffrer car les peintres surréalistes sont en fait des narrateurs, et la narration devient compréhensible lorsqu’il y a une clef (et cette clef existe toujours). Ce n’est donc pas cela qui compte. Autrement nous comprendrions les peintures de Max Ernst ou Dali en tant qu’anecdotes, des rébus plus ou moins difficiles à pénétrer. Ce qui s’avère aberrant. La peinture surréaliste demeure non pas à travers les symboles chiffrés ou non, que la critique a conceptualisé dans un infra-langage, dans une structure linguistique autonome, mais à travers l’invention formelle. C’est un critère possible.
Etiquettés faussement comme des surréalistes, Mircea Milcovici et Barbu Nitescu dont la récente exposition à été la cause de ces réflexions, sont d’abord des inventeurs de formes, créateurs de modèles individuels, qu’ils essaient d’exprimer. Chez eux, l’invention a, à chaque fois, des sources diverses. M. Milcovitch me paraît de formation « plein-air » - iste, chez lui la fréquentation des formes naturelles est évidente. Cela a dû être un premier fragment de son évolution. D’ailleurs, ce que l’on entend d’une manière générale par « paysage », existe aussi dans les œuvres exposées. Les formes naturelles sont cependant rendues par un raccourci intellectuel, la consistance des liens réels est disparue pour faire place à des « champs » où agissent les lois du fantastique. Ils sont donc des paysages inexistants mais possibles, si l’on accepte le fantastique comme matrice-principe ordonnateur. « Lieu possible » ou « Grand paysage abandonné » le prouvent.
Le sens plastique de lieu ambigu propre à toutes les œuvres exposées du peintre, démontre une cohérence de pensée, ainsi qu’une certitude des sources d’invention, même si son style demeure prévisible. »

Dan Grigorescu, « L’art des jeunes », In Arta Plastica, revue de l’Union des Artistes Plasticiens, 4 / 1968
(extrait, traduit du roumain)

…A Mircea Milcovici, par exemple, les moyens du surréalisme offrent la possibilité des certaines signification métaphoriques dont le dramatisme (visible dans l’exposition de groupe Sala Kalinderu, l’automne dernier) tend a se convertir dans une expression plus « solaire ». Le monde fantastique, végétal, est animé par un frémissement moins âpre, mais, me semble-t-il, plus profond. Les rythmes chromatiques contiennent une nostalgie d’une authentique poésie et relèvent une rigueur compositionnelle de bonne facture.

Expositions de peinture roumaine à Paris et La Haye, in Romania Libera, Bucarest 29 septembre 1968
(traduit du roumain)

Paris 28 – Le correspondant d’Agerpres, Georges Dascal, transmet : A paris a eu lieu le vernissage de l’exposition « Six jeunes peintres roumains » qui sera présentée jusqu’au 19 octobre, à la Galerie Lambert. L’exposition présente une ssélection des œuvres des peintres Ion Bitan, Ion Gheorghiu, Mircea Milcovici, Sultana Maitec, Horia Bernea et Gheorghe Iacob. Cette manifestation artistique s’est déroulée en présence de nombreuses personnalités artistiques, critiques d’art, peintres, directeurs de galeries.

Radu Varia, « Six jeunes peintres roumains à Paris », In Contemporanul, Bucarest, octobre 1968
(extraits, traduits du roumain)

« Pour beaucoup, cette exposition sera une découverte », écrivait immédiatement après le vernissage l’éditorialiste d’un important quotidien parisien (Combat). Et c’est vrai, le public et la critique continuent d’ regarder avec intérêt la sélection des peintures roumaines présentée à la Galerie Lambert – appréciées d’une manière unanime pour leur langage moderne et pour la tonalité spécifique roumaine, qui ressort dans ce lieu plus que nous ne puissions la percevoir ici, à la maison. Il faut dire que malgré leur différences en tant qu’univers spirituel et style, les œuvres de Bernea, Bitzan, Gheorghiu, Iacob, Maïtec et Milcovici se regroupent harmonieusement et que l’ambiance de la salle est cordiale. « Une exposition particulièrement belle » suivant l’expression du directeur de la galerie, C. Romanowicz. La sélection est signifiante pour l’évolution récente de notre art, pour sa capacité de renouvellement et pour l’esprit moderne qui la caractérise…
Cherchant un langage propre, à travers des similitudes un peu forcées, Milcovici s’était vu, il y a un moment, étiqueté de surréaliste, et beaucoup croient encore aujourd’hui qu’il l’est, même si l’artiste rejette cette classification n’étant que l’auteur d’une peinture d’inspiration fantastique qui fréquente les formes naturelles, réunies ensuite à l’aide d’une étrange syntaxe…
Les commentaires des critiques parisiens ne manquent pas d’intérêt. Gaston Diehl a remarqué que les artistes roumains avaient des affinités avec l’Ecole de Paris (la réhabilitation, de la figure humaine qui apparaît chez Bitan et Milcovici), l’organisation de l’image en fonction d’une lettre d’alphabet, etc. Jean Cassou a exprimé son admiration pour la sensibilité et la qualité des œuvres. Madame Gabrielle Vienne, ancienne assistante au Musée National d’Art Moderne et amie de Brancusi, nous a propos é d’organiser des expositions similaires dans d’autres galeries parisiennes. Michel Conil-Lacoste (Le Monde), J.L. Ferrier (L’Express), A. Jelensky (Preuves), Jean Blot (L’Arche), Barnett Conlan (Arts de Londres et New Yorker), Mathilde Visser (critique hollandaise), Patrick Waldberg ont trouvé des qualités exceptionnelles aux exposants roumains. Les Lettres Françaises affirment, dans une chronique signée par Paul Gauthier : « C’est bien plus qu’une exposition, c’est un manifeste d’authenticité et pureté d’intention ! » Le dernier numéro de Connaissance des Art retient pour ce début de saison deux expositions : « Cinq peintres américains » à la Galerie Paul Facchetti et « Six peintres roumains » à la Galerie Lambert. La Radiodiffusion et la Télévision françaises nous ont demandé de présenter dans leurs émissions l’exposition des six peintres roumains et de participer à une discussion sur l’art moderne. Les Nouvelles Littéraires notent : « Mal connu, pour ne pas dire totalement ignoré, l’art roumain contemporain est représenté ici par six jeunes peintres qui, dans la diversité de leurs expressions, ont cependant un point commun : le refus de la servilité à la ressemblance. Ainsi nous trouvons chez Gh. Iacob, dans une forme épurée, légèrement colorée, la transcription d’un état mental, tandis que S. Maitec retouve la brillance et la splendeur des icônes. Dans un monde réduit aux signes primaires. Plus libre, plus expressif, Ion Bitan peint dans le sens d’une rare gesteualité, inspirée de la mémoire du temps. Et chez Horia Bernea nous retrouvons pure, authentique, presque charnelle, la limite de la possibilité de communication. Surréaliste, ou plutôt fantastique, Milcovici réinvente un monde qui s’appuie cependant dans le détail sur une réalité observée. La grâce mélancolique qui se dégage des images poétiques de Gheorghiu, retient aussi l’attention ».

« Mircea Milcovici à Paris », in Contemporanul, Bucarest, avril (mai ?) 1969
(traduit du roumain)

« Dans le cadre de la traditionnelle « Exposition des artistes étrangers boursiers du gouvernement français », le jeune peintre roumain Mircea Milcovici, se trouvant à Paris avec une bourse d’études, a exposé quelques toiles appréciées parmi les plus intéressantes de toute l’exposition. Ainsi, la revue française Les Lettres Françaises dans le numéro 1276, sous la signature du critique Jean-Raoul Moulin, apprécie dans les toiles de Milcovici, spécialement sa « vision poétique originale ».

Dominique Gerst : « Mircea Milcovici à la galerie Creuze » (L’Art roumain hors frontières) in Romania Literara, Bucarest 25 décembre 1969
(traduction roumaine dans la revue, ceci est l’original en français)

Boursier de l’état roumain à Paris* le jeune peintre Mircea Milcovici a ouvert récemment une exposition personnelle – une série de 13 tableaux – à la Galerie R. Creuze. Les lignes qui suivent appartiennent au critique d’art français Dominique Gerst* , et sont adressées, en exclusivité, à la Roumanie Littéraire.
« A la Galerie Creuze, Milcovitch présente une exposition de toiles récentes. Sa peinture n’a rien perdu de l’austérité à laquelle il nous avait déjà habitué. Il semblerait même qu’il ait accusé cet accent en renonçant à toute peinture en pâte à tout travail de la matière, en ne nous soumettant qu’une matière abstraite, évanouie, oubliée, un vide de la matière.
Est-ce à dire qu’il nous détache de la matière pour nous river à l’objet, pour forcer le passage de l’image obsédante ? Bien au contraire, ses toiles nous arrachent résolument à la vision d’un quelconque objet, comme si Milcovitch s’acharnait à empêcher le spectateur de discerner ne fût-ce que l’ombre d’un irréel objet comme on pouvait encore en discerner dans la plupart de ses toiles antérieures. Rien de figuratif bien sûr, pas non plus d’objets monstrueux mais « possibles », pas même de ces non-objets que la peinture abstraite nous a rendu familiers mais qui ne sont qu’une autre façon de décrire l’objet en le niant mais en nous soumettant toutes se qualités : couleurs et relations spatiales.
Résolument, Milcovitch s’enfonce dans les gris, les noirs et les blancs, aidés parfois de quelques couleurs moins anonymes, comme si le phénomène pictural était indifférent aux moyens, aux représentations, coupé du monde vivant, physiquement vécu. Si la couleur est parfois retrouvée elle n’est là que pour aider à l’action d’un événement qui lui échappe, et l’on se prend à regretter de trouver « belle » cette couleur qui n’est pas là à cet effet. Ne restent que ces grilles noires ou blanches qui empêchent tout espace de se déployer et de reconstituer la seule idée des rapports qui existent dans la nature entre les objets, comme si était cassé systématiquement tout ce qui pourrait nous porter à évoquer un rapport spatial. Certaines toiles n’évoquent même plus ce rapport créé puis détruit : d’emblée elles s’installent hors des trois dimensions et ne donnent plus qu’un équivalent de l’objet, diagramme susceptible sans restituer le réel, d’énoncer quelque chose du réel sans désigner une existence, de révéler une qualité de ce qui existe. »
Le texte est accompagné de deux reproductions de peintures, Diagramme A et Grand Vol.

Dominique Gerst : « Environnement = rencontre ou intégration ? », Mircea Milcovitch chez Knoll International, In Romania Literara septembre 1970
(traduit du roumain)

« Il y a quelques mois un groupe d'artistes proposait à Paris ce qu’il disait être une intégration des arts plastiques, intégration qui consistait à présenter des œuvres de peintres et de sculpteurs dans le cadre d'une demeure en construction : on n’était pas loin de la salle d'exposition qui offre ses murs vides aux exposants.
On parle beaucoup d’intégration, d'environnement, mais peu d'entreprises ont réellement permis de définir une fonction nouvelle de l’art contemporain.
Par « environnement » on peut entendre un espace conçu de telle sorte qu'il modifie les données psychiques de l'individu qui s'y trouve inclus, en ce sans on opposera l'objet qui répond à une simple consommation et l'environnement qui détermine une qualité spirituelle de l'espace. L'objet encombre l'espace, l'environnement le compose, l'organise, le structure. L'environnement n'est donc pas une découverte contemporaine mais il prend sans doute une place nouvelle – de là les nombreuses déclarations à son propos – par suite du changement des rapports entretenus avec l'objet dans la société dite de consommation.
Par leur qualité exceptionnelle, par leur harmonie discrète, par la persistance de certains thèmes, les meubles exposés chez Knoll International France déterminent ce que l'on peut appeler un environnement : quiconque les possède est spectateur de ses propres meubles comme on n'est spectateur d'une toile que l'on possède ; personne ne saurait les abîmer ou simplement se les approprier au point de les associer à sa propre personnalité. Ce sont peut-être, ce sont sans doute objets confortables mais s'y ajoutent l’élément de rêve, la valeur de l'irrationnel. Ils trouvent leur place dans la recherche et croisent la démarche du peintre.
L’illustration : l'exposition Milcovitch chez Knoll. Milcovitch crée son propre environnement, sans doute non conçu pour s'accorder avec des meubles mais qui définit néanmoins par cette rencontre un troisième degré d'environnement : une conception structurelle commune, un rapport identique à la couleur traitée en masse, violente, noir agressif , la même matière technique, anonyme sans trace de mains, sans trait, sans marque. L'intégration n'est pas essentielle. Ce qui importe : voir les tableaux dans le cadre des meubles, voir les meubles dans le cadre des tableaux. Le tableau devient l'intermédiaire nécessaire : fenêtre spirituelle sur le mur. »
Dominique Gerst, Paris, le 26.6.70

« Les jeunes dans le paysage des arts plastiques roumains », Page de calendrier mural, 25 novembre 1970
(extrait, traduit du roumain)

« …Dans le domaine de la peinture, par exemple, s’est fait remarquer le jeune Mircea Milcovici, qui, manipulant avec adresse les moyens du surréalisme, prouve la capacité de peindre un monde végétal irréel, avec des rythmes chromatiques d’une authentique inspiration poétique… »

PARIS
(à partir d’octobre 1968)

Radu Varia, Plaquette de l’exposition « Six jeunes peintres roumains » à la Galerie Lambert, octobre 1968
« Les toiles de Bernea, Bitzan, Gheorghiu, Iacob, Maïtec et Milcovici * offrent au public parisien, présentent un intérêt exceptionnel pour l’évolution récente de l’art en Roumanie. Et ceci du fait qu’elles incarnent, pour ainsi dire, l’esprit de renouveau, l’esprit moderne que l’on peut constater aujourd’hui dans l’évolution de l’art en ces parages. Qu’une explosion de forces nouvelles se produise dans ce pays de peintres, comme le dénommait Henri Focillon, voilà qui n’avait rien d’étonnant ; les six artistes, bien que d’âges différents, se sont retrouvés, à divers moments – après 1960 – sur une même position polémique avec l’art copie fidèle de la réalité.
Dans cette recherche nouvelle de la poésie (la civilisation technologique ne pose pas chez nous pour la vie et l’art les mêmes problèmes qu’en Occident), les jeunes peintres roumains ont trouvé dans l’art européen contemporain, aussi bien que dans la tradition plus ou moins ancienne de l’art et de l’art populaire de leur pays un point d’appui et un objet d’analyse. Parallèlement on peut remarquer chez eux la permanence d’un véritable culte de la nature, du sentiment de la nature.
C’est ainsi que nous avons été les témoins d’une fructueuse période de « lecture », et je prends ce mot dans son meilleur sens : celui de choix, d’organisation des citations et de création d’un ordre nouveau. Mais assistant à un nouvel essai de poésie, nous assistons implicitement aussi à une recherche sur la structure du langage. Car que signifie retrouver la poésie, comme le dit si bien Giulio Carlo Argan, sinon récupérer le langage à l’état naissant, à l’état de germination ?
…Dans sa recherche d’un langage propre et en raison d’une apparente similitude d’accessoires, Milcovici s’est vu appliquer l’étiquette de surréaliste – bien qu’il ne soit qu’un peintre de paysages, dirais-je, évidemment celui d’un paysage imaginaire, fantastique, mais qui part de formes naturelles que l’artiste fréquente avec assiduité, pour les réunir ensuite en une curieuse syntaxe. Ses tableaux ont une expression pénétrante, dramatique, équilibrée, baignée dans une lumière tragique.
Horia Bernea, qui avec Milcovici et quelques autres très jeunes peintres est l’auteur de l’un des revirements les plus importants dans la plastique roumaine de ces dernières années, se proclame, avec un calme annonciateur de tempête, en faveur de l’authenticité, contre l’intellectualisme, l’artifice, et toute espèce d’esthétisme… Bernea, Bitzan, Gheorghiu, Iacob, Maïtec, Milcovici, créent ainsi de nouveaux centres autour desquels peut s’organiser une vision du réel. Ils multiplient notre dialogue avec le monde en même temps que notre amour de la peinture en tant que poésie. »

Opus International 9 / 1968

« Les six peintres roumains exposés à la Galerie Lambert (île Saint-Louis) donnent un assez large éventail des tendances actuelles de la peinture roumaine – surtout depuis 1960… le dépouillement tragique, quasi allusif de Milcovici… »

« Six peintres roumains à la Galerie Lambert », in Combat, 30 septembre 1968

« La galerie est spécialisée dans la présentation des peintres étrangers. Son actuelle exposition qui groupe Bernea, Bitzan, Gheorghiu, Iacob, Maïtec, Milcovici confirme cette vocation. Ce sera pour beaucoup une découverte. »

« La boîte à couleurs », in Nouvelles Littéraires 3 octobre 1968.

« Mal connu, pour ne pas dire totalement ignoré, l’art roumain contemporain est représenté ici par six jeunes peintres qui, dans la diversité de leurs expressions, ont cependant un point commun : le refus de la servilité à la ressemblance… Surréaliste, ou plutôt fantastique, Milcovici réinvente un monde qui s’appuie cependant dans le détail sur une réalité observée. »

« Six peintres roumains », in Journal de l’Amateur d’Art, 10 octobre 1968

« Ces six jeunes peintres roumains présentent de la réalité une image transfigurée et épurée. Leur art est dominé par le fait du mystère et de l’infini… Avec Mircea Milcovici la forme naturelle demeure mais elle est suggérée et enveloppée dans un climat dramatique. »

Nadia Blokh et Jean Blot, « La rentrée : Peintres roumains à la Galerie Lambert », in L’Arche, 26 octobre 1968

« De Roumanie surgissent six jeunes peintres, inégalement doués mais tous décidés à rompre avec les canons imbéciles du réalisme socialiste (Galerie Lambert, 14 rue Saint-Louis-en-l’Ile). La liberté nouvellement conquise, la résolution de l’illustrer et de la défendre vibrent dans leurs toiles…
…Plus rêveur et plus imaginatif, Milcovici paraît inspiré par le premier Chagall. Sa riche palette créé une matière subtile qui évoque la neige et dresse, comme en un dernier effort, une silhouette humaine douloureuse, délestée, pareille à un fantôme – bouleversante en vérité. »

Jeanine Warnod, Six jeunes peintres roumains, In Le Figaro 14 octobre 1968

« La galerie Lambert présente « Six jeunes peintres roumains » qui marquent l’évolution récente de l’art en Roumanie. Bien que d’âges différents, tous ont renoncé à la copie fidèle de la réalité… Ion Bitzan utilise le signe et le geste alors que Milcovitch crée des paysages imaginaires, fantastiques et parfois tragiques ».

« A la Galerie Lambert », in Masques et Visages (La Celle Saint-Cloud) octobre 1968

« Six jeunes peintres roumains exposent à cette galerie : Milcovici et Horia Bernea ont une peinture expressionniste dense, poétique… »

« Groupe (Galerie des Beaux-Arts) », In Les Lettres Françaises, 28 mai 1969

« Des quatre artistes qui exposent ensemble… Milcovitch est Roumain… Echappant au graphisme noir et blanc qui strie un groupe de toiles, l’une d’elles (celle au fond mi-jaune, mi-vert) plaira beaucoup… »

« Avenue de Messine, Au 4 : Milcovitch », in Le Figaro 26 novembre 1969

« Première exposition d’un jeune artiste roumain qui s’adonne aussi à l’architecture et aux décors de cinéma, et peint des constructions imaginaires en forme de grillages qui reflètent des obsessions. (Galerie Creuse, jusqu’au début décembre) »

Dominique Gerst, texte dans « Milcovitch » plaquette créée par les Editions Elstir, mai 1970

« Signes infinis, mail limités. Variations parallèles sur un thème toujours autre. Les concentrations, les dispersions, sans fin les ressemblances et les différences, sans fin parce que la gamme de six couleurs de l’arc-en-ciel est infinie parce que la ligne comporte une infinité de points et qu’on n’en a jamais fini de se perdre à la surface infinie de la sphère. Se perdre dans cette infinité : rester dans les limites, rester dans un donné.
Que propose Milcovitch ?
Ne pas s’en tenir au donné, mais voir en celui-ci un point de départ. L’art de Milcovitch est le lieu d’une intervention, il est une intervention. Son sujet n’est plus un certain phénomène perçu, mais ce qu’il a fait d’un phénomène. S’établit donc un certain rapport – son rapport – d’un certain individu – Milcovitch – avec un certain phénomène. Le rapport fait la méthode et l’œuvre est tout entière contenue dans la méthode.
– Quelles sont les conditions qui ont déterminé ce que vous faites actuellement ? Vous êtes sans doute intéressé par le domaine de l’op-cinétisme.
– Je n’ai jamais pensé isoler la cause de l’effet. Mais ce que je fais se trouve dans l’ordre des perceptions imposé par le mouvement cinétique. J’utilise sans doute une « physique » déjà promue : elle me permet d’envoyer le spectateur à des potentialités, non à des objets.
– La couleur sur la forme crée toujours un espace physique. Est-ce que pour échapper à ce fait que vos œuvres sont presque achromatiques ?
– Vous vous trompez partiellement. La couleur m’est nécessaire comme espace psychique, si l’on peu dire. Elle peut être une, deux ou dix, selon les nécessités, cela ne constitue pas un problème. Ce qui compte, c’est l’aplat qui doit être absolu, surtout spirituellement. Je suis hostile à tout espace en trompe l’œil quelle qu’en soit la forme.
– Puisqu’on parle d’espace psychique, terme assez grave, comment déterminez-vous le langage qui s’y développe, (je parle de vos œuvres) ?
– J’aimerais approcher l’idée de diagramme ou schéma, dans son acception mathématique, pour décrire quelque chose. Sans faire allusion à la mécanique quantique, je reprendrais volontiers les termes de Landé qui cherchait à définir « réellement » les ondes en les comparant à des tables de mortalité d’une compagnie d’assurance devant la réalité des décès. Mon langage actuel : métaphénomènes, j’appelle métaphénomènes des perceptions schématiques de certains phénomènes.
– L’accès du spectateur…
– Je produis. L’intuition c’est l’outil du spectateur.
– Donc, ni équivalence, ni identification. Que pensez-vous de laparticipation du spectateur ?
– Elle est toujours partielle, indispensable, nécessairement abstraite et pourquoi pas ? émotionnelle.
– D’après vous aussi, Milcovitch, l’art actuel approche en beaucoup de points la science contemporaine ? Sans doute les méthodes sont différentes, mais les expériences ont des principes communs.
– Oui, dans la mesure ou la science et l’art sont deux façons de voir la nature, par nous-mêmes, avec nos possibilités. C’est une idée encourageante étant donnée l’intuition exigée, l’organisation, et une certaine lucidité qui devient objectivité. »

Rue des Marronniers ; Au 12 bis : « Milcovitch et Kozo Inoué » in Le Figaro, 27 mai 1970

« Une jeune maison d’édition d’art présente les peintures et sérigraphies de Milcovitch et de Kozo Inoué. Le premier, méthodique et froid, tente de créer un « espace psychique » à partir de neuf formes simples aux seules variations de couleur et de rayonnement op’. Le second définit d’une ligne noire et de son « ombre douce » sur champ blanc un espace poétique d’une extrême élégance : dans la tradition zen, la valeur allusive et spirituelle du signe cardinal.

Dominique Gerst : « Milcovitch » plaquette de l’Exposition d’art Contemporain à la Maison de la Culture Théâtre de Colombes 19 octobre – 7 novembre 1970

« … Venu d’un monde abstrait lyrique, Milcovitch aboutit aujourd'hui à une peinture a poétique, immatérielle. Sans littérature ni histoire, un univers ou ce qui en tient lieu, qui ne laisse pas pénétrer le hasard ni le gratuit. A poétique si la poésie est joliesse, maniérisme, fantaisie, charme, ou plus simplement évocation, suggestion, lieux Imaginaires r8vés, voire mondes obsessionnels. Cette peinture n'évoque rien, au plus mais du moins elle provoque. A côté donc de toute description, depuis le banal figuratif, jusqu’à la description des sentiments, il s'agit davantage ici d'un schéma du réel plutôt que d'un instantané pris sur le réel : si l’on admet que le schéma retient aussi d'un phénomène son déroulement dans le temps. Non pas simplification ou appauvrissement par schématisation mais intervention opérée sur des formes simples, transformation d'une structure élémentaire en une structure nouvelle. Milcovitch intitule ses œuvres « métaphénomènes » signifiant par là qu’il renvoie à des potentialités, à autre chose et plus qu'un objet. La relation est ici totalement abstraite, abstrait formel.

Anne Geneau : Exposition d’art Contemporain à la Maison de la Culture Théâtre de Colombes (Chavignier, Cramer, Gérardiaz, Rutault, Nevjestic, Milcovitch) 19 octobre – 7 novembre 1970
(plaquette de l’exposition, extrait)

« … Entendons-nous bien, cette sélection ne doit rien à l’arbitraire. Ce qui y présidera ? D’abord la jeunesse des créateurs. Ensuite leur diversité ; diversité des disciplines… diversité dans les options : les artistes représentés ne se réclament d’aucune scolarité, et s’in est difficile et souvent inepte d’affliger une œuvre d’une paternité en isme, disons, pour situer les choses, très sommairement, que l’inspiration de Nevjestic est d’ordre fantastique, celle de Chavigner d’ordre baroque, celle de Cramer plutôt surréaliste, que Rutaut est tenté par le nouveau réalisme américain et Gérardiaz par l’expressionnisme, que Milcovitch s’essaie à transposer l’art optique sur un plan spirituel. Mais tous ils en commun cette violence et ce goût des partis extrêmes, ce mordant sur la vie qui en débusque les phantasmes, les pensées et les choses, et ce qu’il en advient

Anne Geneau : au sujet de l’Exposition d’art Contemporain à la Maison de la Culture Théâtre de Colombes 19 octobre – 7 novembre 1970, in Opus International Nr 21, décembre 1970
(extrait)

« Milcovitch fait partie de la génération des jeunes peintres roumains, dont nous parlerons quelque jour. A l'origine de son travail, une ligne de recherche très rigoureuse, austère même ; une pauvreté de moyens voulue, pour atteindre la cible. Ce n'est pas par hasard que me viennent à l'esprit des termes souvent utilisés par le vocabulaire du zen ; à partir d'une intervention sur des formes simples, la peinture de Milcovitch atteint parfois à sa fulgurante pureté. »

Dominique Gerst : « Roumanie », in Opus International N° 23 1971
(extraits)

Court voyage ; assez pour constater que rien de ce qui se réalise aujourd’hui dans ce pays sur le plan culturel ne saurait être indifférent à l'art traditionnel. Broderies, outils, peintures sur verre, représentations naïves sont étrangement mêlées dans ma mémoire aux toiles les plus récentes que j'ai pu voir dans quelques ateliers. Création continue, diverse, infinie, production énorme, obsession artistique, obsession de la forme, obsession de l'ornement qui envahit le moindre village, la moindre maison. Une présence puissante, un style plus qu'une technique, un désir devenu « naturel » d'ornementer, de vivre dans l'ornementation, décor abstrait, inlassablement répété, qui dépasse la répétition et devient rythme.
Ce rythme, cette présence, pressentis à travers quelques fables, je suis allée les rechercher dans un village ici connu par quelques-¬uns de ses personnages, reconnu à Bucarest, en passant dans la grande « cité des peintres » de Pangratti et retrouvé au milieu des montagnes : jadis s'est formé là un groupe de jeunes peintres qui, depuis, ont pris place dans le mouvement artistique roumain.
Ce groupe hétérogène, de visions et de tendances diverses, avait jadis un point commun : le travail et la vie loin de toute civilisation urbaine, « dans » ces lieux, dans cette lumière qui coupe les pentes profondes d'un village aux cent collines, cent maisons, cent pommiers, cent vaches, d'un village qui ne connait ni route, ni poussière. Je vois ces lieux, je vois ce qu'ils ont fait : je ne parlerai pas de la tradition de ce peuple étonnant dont la moindre maison serait ailleurs un musée, dont le moindre objet de bois, de lin, de cuir, d'orfèvrerie est un trésor ; je ne parlerai pas des rencontres hasardeuses que j'aurais pu faire, que j'ai faites, le chasseur aveugle, le vieux berger qui ne garde qu’un seul souvenir de toute sa vie, de ces dialogues sur le temps qui passe ou qui ne passe pas, de ces petites maisons accrochées chacune sur une colline où les superstitions valent plus que les bêtes et les bêtes plus que les enfants, de ce petit coin immuable qui doit être la nature ; celle que nous avons perdue ou oubliée, ou l'immobilité que nous n'avons plus, parce qu'elle dépendait de ces deux pommes tombées dans la cour, de ces deux chats qui sont d'ailleurs deux porcs ou deux bougies…
…J’ai rencontré encore deux d'entre à Paris. C'est Maria Mestérou, sûre d’une technique traditionnelle, la tapisserie. Refus du naïf, du merveilleux (facilité de la tradition), refus du réalisme littéraire (facilité des habitudes), refus du baroque (facilité de la mode). Ses tapisseries : ni excès ni accumulation de matières, mais recherches des possibilités qu'offre cette technique dans le contexte artistique actuel. Maria Mestérou crée un ensemble unitaire de « pyramides », formes simples structurées retrouvant l'art optique dans les rythmes persistants d'une tradition. A Paris de¬puis deux ans, Milcovitch refuse la peinture qui commente, qui prouve, qui défend, qui décore ou qui se refuse comme peinture. Ce qu'il affirme, c'est l'idée que l'art visuel persiste, persistera en tant que moyen de communication privilé¬gié. Ses images sont des schémas ; il renvoie à des potentialités, non à une réalité, potentialités qu'on retrouve dans ses œuvres dominées par la vibration optique d'un fond, dans ses formes dont le contour ne signifie pas un contour, dont la forme ne signifie rien d'autre qu'une attitude de l'esprit face à une méditation, à une symétrie, à une simplicité : ses œuvres sont réversibles, binaires, associant fréquemment l'image positive et l'image virtuelle, négative. Evénement simple, prise de conscience d'un silence, d'un temps, de quelque chose qui se passe ici-là, quoique ailleurs, au-delà, ce qui reste lorsque l'histoire est finie, que le moment est passé, après.
Dominique Gerst
Texte accompagné par la reproduction d’une œuvre.


Milcovitch : KNOLL INTERNATIONAL, 9 rue du Faubourg-Saint-Honoré, Paris, du 12 janvier au 12 février 1972
In Nouvelles de l’Estampe N°2 1972

« Alors que son mobilier et ses tissus entrent au musée (exposition au musée des Arts Décoratifs du 12 janvier au 12 mars 1972), Knoll permet aux artistes de s’emparer de ses cimaises. Ainsi, sur deux étages (rez-de-chaussée et premier) les amateurs peuvent découvrir une toile et 53 sérigraphies récentes de Milcovitch, ce Roumain qui vit à Paris depuis 1968. Bien qu’utilisant toujours les mêmes éléments géométriques (minces bandes rectilignes ou curvilignes) et se limitant, pour chaque œuvre, à une gamme de deux ou trois couleurs, Milcovitch nous donne une production réelle et variée. En plus de la ligne et du ton, il joue avec différents types de support : papier normal, papier Radglo fluorescent, tissu cellulosique. Les tirages vont de 10 à 75 exemplaires (Editions de la Tortue)… »

Jeanine Warnod : Jeudi Rive Droite, Rue du Faubourg-Saint-Honoré "Au 9 : MILCOVITCH", in Le Figaro 3 février 1972
(extrait)

« Jeune artiste roumain, Milcovitch est l'auteur d'une série de sérigraphies illustrant la gamme infinie des jeux d'optiques offerts par le contraste des couleurs, les effets de moirage en contrepoint de lignes parallèles. Sobres, dépouillées, mais intenses, ces sérigraphies accompagnent le mobilier contemporain en ajoutant cette note de couleur à la sobriété ambiante, note personnelle qui fait aujourd'hui le succès de la gravure. Les Editions de la Tortue qui ont sorti les sérigraphies de Milcovitch ont réuni ainsi un choix varié d'estampes à leur catalogue à l'intérieur duquel il est important de noter la participation importante de jeunes artistes (Carmi, Arnaiz, C. Fossier, Abram, Sovak)… (Knoll In¬ternational et Editions de la Tor¬tue, 38, rue de Verneuil.) »

Jean-Jacques Lerrant : « Mircea Milcovitch », in Le Progrès, Lyon, 5 février 1972

« Une exposition très satisfaisante pour l’œil et pour l’esprit et tout à fait dans la lignée des choix de Victoria Brossette. Elle est d*un jeune artiste roumain qui présente une suite de sérigraphies d'une couleur fluorescente. Un thème dont on devine la sensualité et là-dessus des variations qui sont autant de méditations. On peut donc saisir l'exposition dans son ensemble ou faire station devant chaque variation qui constitue un objet autonome. L'abstraction géométrique prend ici valeur de signe. Le dépouillement est richesse. Et Milcovitch sait utiliser le pouvoir captivant d’une couleur intensément actuelle. Le piège optique opère également. Mais on sent bien que ces lignes ouvertes ou fermées comme des lèvres ne charment avec le présent que pour conduire à une sorte de sérénité, d'équilibre entre la vie animale et l'esprit. Une exposition qu’on aura plaisir à visiter. »
(Galerie 32, rue Auguste Comte. Jusqu'au 4 mars)

« Le point sur… Mircea Milcovitch », in Lyon Poche N° 18 1972

« La galerie 32 présente actuellement une exposition des œuvres de Mircea Milcovitch. Tout de suite en entrant, vos yeux sont agressés par un excès de couleurs presque phosphorescentes striées de noir. Puis vous vous apercevez que les graphismes sont construits, qu'ils révèlent une progression dans la construction de l’oeuvre. Petit à petit, l'œil s'habitue à cette luminescence, à ces graphismes réguliers, et découvre toutes les particularités qu'ils recèlent : subtiles nuances des couleurs, chiffres qui révèlent la précision mathématique de l'élaboration.
Les recherches picturales de Mircea Milcovitch sortent absolument de l'ordinaire, elles renouvellent résolument certains aspects de l'art optique, et de la perception visuelle. La technique utilisée est la sérigraphie sur un papier luminescent qui réagit aux variations de la lumière, ce qui explique l'éclat particulier qu'ont ces
compositions.
Milcovitch est Roumain, arrivé depuis 1968 à Paris et ce jeune artiste bénéficie déjà d'une certaine notoriété. Actuellement, ses œuvres sont également exposées chez « Knoll International » à Paris.
Bien mise en valeur sur les murs blancs de la Galerie 32, espérons que le public lyonnais aura la curiosité d'aller voir cette exposition originale. »
Galerie 32 : exposition Mircea Milcovitch du 1 février au 4 mars.
Illustrations : deux sérigraphies

Petites Affiches Lyonnaises N°7641 19 février 1972 Lyon

Ce jeune artiste né à Divisia (U.R. S.S.), ayant travaillé au cours d'un long séjour, avec l'avant-garde picturale roumaine, a gardé les caractères sacrés, sinon emblématiques de cet enseignement.
Ses Diagrammes sont composés de la répétition de lignes disposées en grilles, de gouttes, courbes, sinusoïdes et outres modifications de la structure de l'architecture d'une droite. De ces dessins, sérigraphies colorées, prolifèrent les recherches optiques qui se distinguent de celles de Vasarely en ce qu'elles ne laissent pas jouer le volume.
L'aspect reste celui de formes limitées aux deux dimensions et, bien que le phénomène d'occultation visuelle prenne parfois des allures esthétiques, on ne peut que rêver devant ces énigmatiques méditations que dirige une volonté dont l'objectif nous échappe.
0nomatopées de l'art, esquisses d'une vision nouvelle ?
Cette métamorphose des variations du phénomène linéaire balise des chemins débouchant sur une impasse.

Jean-Michel Foray « Milcovitch : Signes », in Echo Liberté, 21 février 1972, Lyon

La Galerie 32 (32, rue Auguste ¬Comte, Lyon) présente les sérigraphies de Milcovitch. Cercles, ronds, rayures et bâtons indéfiniment répétés. Cette œuvre n'est pas faite pour le cœur, mais pour le seul regard. Il y a quelque chose qui fascine l'œil dans ces jeux géométriques qui ont la sérénité abstraite des nombres. Au vrai, pour l’esprit, les sérigraphies de Milcovitch sont à la réalité ce que les lettres de l'alphabet sont au discours.
Milcovitch se réfugie dans les signes. Il est abstrait comme le sont les mathématiciens. Soit « X » l'inconnue disent les problèmes d'algèbre. « X » peut tout désigner et n'importe quelle réalité, n'importe quel phénomène peut être contenu dans l'équation. Les sérigraphies de Milcovitch signes de la réalité ? Elles peuvent exprimer tout ce que l'on veut et témoignent d'un profond besoin de structures simples et rassurantes.
Tout cela peut paraitre superficiel, et l'est sans doute : les équations ne rassurent que les mathématiciens et les sérigraphies de Milcovitch risquent de ne rassurer que Milcovitch lui-même. Néanmoins ce mouvement qui pousse un artiste à construire des structures géométriques harmonieuses et équilibrées est significatif. Le monde serait il disharmonieux et déséquilibré ?

Martine Gayot : « MILCOVITCH à la Galerie 32 », in Vie Lyonnaise N° 289 10 février 1972

Des rayures, des rayures, des cercles, des « chevrons », des « gouttes d'eau », des rayures encore, des rayures partout, des rayons en rond, des rayons en « 8 », les sérigraphies de Milcovitch donnent d'abord l'impression d'exercices de bâtonnets sur tous les modes et les tons. Ne soyons pas snobs et ne trouvons pas cela génial d'emblée. Ces œuvres demandent réflexion.
Un petit livre de pensées de Milcovitch accompagne cette exposition, dans lequel il explique que ces recherches sont le résultat d'une profonde méditation sur la nature où l'équilibre et la symétrie sont inhérents à chaque chose, d'une façon cachée mais réelle.
On y voit, si on le veut bien, une stylisation de la nature, ou des ondes lumineuses. En entrant dans le domaine de l'esprit, on peut y voir l'image d'un raisonnement, une déduction, une construction logique, que sais je encore... sans que cela n'ait rien de sec. C'est satisfaisant pour l'esprit, car la symétrie rassure et apaise : elle est synonyme d'équilibre et d'harmonie. C'est satisfaisant pour l'œil également, car il y trouve, à son gré, des vibrations, des volumes, des concordances heureuses de lignes.
L'émotion forte n'est pas de rigueur. Si l'œil et l'esprit sont satisfaits, le contact s'est fait : le sentiment d'apaisement suit.
Si ces sérigraphies sont le fruit d'une méditation sur les choses et la vie, c'est vouloir dire que l'ordre fait partie du monde, c'est même n'en retenir que la profonde structure d'équilibre. C'est finalement tout à fait rassurant.
(Galerie 32, jusqu'au 4 mars) 32, rue Auguste Comte

Françoise Woimant : « MIRCEA MILCOVITCH », in Catalogue de l’Exposition Graphique Française Contemporaine en Allemagne, 1972 (traduit de l’allemand)

Mircea Milcovitch, peintre et sérigraphe roumain… A réalisé depuis 1970 plus de 100 sérigraphies en couleurs binaires complémentaires, imprimées par l'artiste lui-même, les dernières sur papier luminescent.
Né trop tard pour le surréalisme ou le tachisme, Milcovitch s'intéresse à l’Op’Art et au Cinétisme, dont il reconnaît qu'ils ont eu le mérite d'ouvrir de nouvelles voies à la sensibilité. C’est dans ce sens que l'artiste poursuit des recherches sur les formes symétriques parfaites sur fonds vibratoires. Comme il refuse tous les procédés qui conservent la trace de la main, il préfère la sérigraphie pour ses impressions. Il s’efforce cependant de dépasser l'art purement décoratif pour créer une œuvre qui exerce sur le spectateur une influence profonde et l'incite à réfléchir. D’où l'emploi du papier luminescent et des encres fluorescentes.
Texte accompagnant deux reproductions, Méditation 7 et Méditation 8

Sabine Marchand « Rue de l’Hôtel de Ville, au 18 : Milcovitch, Delporte », in Le Figaro 3 mars 1972
(extrait)

« Deux expositions sans rapport l’une avec l’autre. Milcovitch cherche par un effet d’optique à donner une pulsation à ses formes pures, simples, traduction du langage primaire, universel des symboles. En jouant sur le phénomène de vibration dans les fonds ou à l’intérieur de la forme, Milcovitch invite à faire un effort de concentration, de méditation autour de l’image. »


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