Curiosités : la collection R.A.

 
Environs 216 œuvres datant des années où j’étais encore à l’École Technique d’Architecture, puis à la Faculté des Beaux-Arts, à Bucarest, se trouvent dans la collection de Madame R.A., à Montréal, au Québec. Des œuvres de toute première jeunesse, faites en dehors de l’École, car tout le travail exécuté entre ses murs demeurait par définition sa propriété. Personnellement, je ne possède ici que très peu de traces de cette époque, car partant pour Paris avec un visa de trente jours en octobre 1968, je ne pouvais même pas prendre avec moi un manteau pour passer l’hiver, pour ne pas faire croire à la police politique que je pensais m’enfuir. Ce que l’on m’a apporté ensuite est très peu de chose par rapport à la quantité de travail restée dans mon petit atelier. Une collection assez importante se trouve chez Monsieur et Madame V.B. à Bucarest, mais pour les autres œuvres, dispersées chez divers amis et connaissances, je n’ai ni liste ni même des photographies. Si la collection V.B. contient surtout des peintures des années après l’école et précédant mon départ de Bucarest, celle de Montréal contient des œuvres vraiment « premières », lorsque j’avais entre 17 et 20 ans…

  

Les images qui suivent montrent d’abord quelques peintures à l’huile. Un portrait d’arlequin, un portrait de R.A. elle-même, et trois paysages exécutés sur les collines « enchantées » de Poiana Màrului. Ayant suivi les cours « traditionnels » dans un pays communiste, avec mes amis d’alors nous avions essayé de trouver chacun son style et échapper au réalisme socialiste imposé par l’idéologie. C’est avec ce genre de travail que je participais en fin d'année 1968 à l’exposition « Peintres roumains à la Galerie Lambert » à Paris. Cette exposition m’avait donné l’occasion de venir en France et de m’y exiler. Jean Blot écrivait le 26 octobre 1968 dans la revue L’Arche : « De Roumanie surgissent six jeunes peintres… décidés à rompre avec les canons imbéciles du réalisme socialiste ». Oui, certes, mais la rigueur de l’école « réaliste » nous avait rendu de grands services, nous avait apporté beaucoup de métier, des techniques, le goût pour le dessin vigoureux, pour la forme, pour la composition. Dans les quelques dessins du choix que j’ai fait dans la collection R.A., il y a même des esquisses de compositions « réalistes socialistes », avec des ouvriers au travail et des paysans.
Suivent ensuite un portrait de paysan à la pipe (gravure sur linoléum), un autoportrait de profil, deux dessins de nus et un plâtre académique, puis trois dessins au pinceau, à l’encre de Chine. Deux sur les collines de Poiana Màrului et un baraquement de pécheurs dans le delta du Danube. La suite finit avec des oiseaux à l’encre de Chine, toujours d’après nature et directement au pinceau (il fallait quand même pouvoir le faire…) Tout cela n’est qu’un choix très restreint de tout ce qui se trouve chez Madame R.A. au Canada. Elle avait fui comme moi, mais bien plus tard, la dictature communiste. Je lui suis reconnaissant d’avoir emporté avec elle avec grand soin, et conservé tout ce travail.

  
 
       

   

 

   



   


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